mercredi 9 avril 2014

Une escalade qui tombe à pic



Il était une fois, il y a exactement 44 ans, le silence règne dans la salle de contrôle de la NASA, à Houston. Une désagréable sensation s’empare de l’atmosphère. Soudain, une voix se fait entendre. Les astronautes d’Apollo 13 sont vivants. La salle de contrôle exulte.

C’est à peu près la même sensation que nous avons eue en franchissant les portes de l’ambassade indienne à Colombo, avant de retrouver nos passeports, estampillés du visa indien. Nous sommes allés fêter cela dignement, sur la terrasse du Galle Face Hotel, sur le front de mer, avec quelques excellentes margaritas.

Nous pouvons surtout aborder la suite du voyage avec plus de sérénité. Hop ! Ni une, ni deux, nous sautons dans le premier train pour Kandy, au centre du Sri Lanka. Les chemins de fer sillonnent les plantations de thé, dans les montagnes. Même si nous n’avons pas réservé en classe panoramique, qui permet d’avoir une vue imprenable sur ce paysage grandiose, nous apercevons toutefois quelques merveilles.

Arrivés à Kandy, nous établissons le plan de bataille suivant : Adam’s Peak, une montagne au sommet de laquelle se trouve un petit temple, que tout Sri-lankais qui se respecte gravit au moins une fois dans sa vie. La deuxième étape sera Nuwara Elya, une petite ville coloniale, capitale du thé. Pour voir tout cela, nous décidons de louer un scooter et de braver les montagnes du Sri Lanka. Cette péripétie se révélera des plus sportives de tout le voyage jusqu’ici.

La ville de Kandy, tout d’abord, nous fait une belle impression. Charmante petite ville qui entoure un lac, elle est surtout connus=e pour son temple bouddhiste gigantesque. On nous dit de la visiter le soir, car il y a une cérémonie d’hommage à la relique sacrée de la dent de Bouddha. Joyau religieux du pays, cette relique aura été la moteur de nombreuses guerres, et tout nouveau roi décide de lui construire un temple. La cérémonie attire les foules venues du monde entier, et le temple majestueux fait honneur à tous ces voyageurs par sa beauté et sa sérénité. Inutile de préciser que la visite nocturne décuple les sensations, malgré la foule.

Le lendemain, après quelques courses sur le marché de Kandy, nous enfourchons fièrement notre bécane, que nous baptisons Henri le Scooty (pourquoi pas ?), et nous taillons les routes de montagne.
On nous conseille de gravir Adam’s Peak la nuit, en raison de la chaleur, mais surtout pour assister à la cérémonie qui débute au lever du soleil. Nous avons donc tout notre temps pour faire les trois heures de route qui nous séparent du pic. A mi-chemin, nous sentons quelques gouttes de pluie…

En réalité, c’est une énorme averse qui s’abat sur nous. Bien que parés de nos imperméables et de nos sur-pantalons (merci Papa et Catherine pour le conseil !), nous sommes trempés de la tête aux pieds. Notre destrier, Henri, brave les montagnes pour nous acheminer à bon port. Débarquant dans un hôtel de montagne au pied d’Adam’s Peak, nous nous apercevons que même notre petit sac à dos est trempé, de l’intérieur. Nous n’avons plus la moindre ficelle de vêtement sèche, et nous nous levons à 1h30 du matin pour gravir les 5000 marches du pic.

Malgré la maigre consolation d’une tasse de thé bien chaud, nous nous abandonnons à notre triste sort. Dans les montagnes, il fait froid, donc nous nous abritons sous les couvertures pour quelques heures de sieste avant la montée.

A son pied, à 2 heures du matin, Adam’s Peak est très impressionnant. La montée nous paraît surhumaine, alors que nous approchons du point de départ. Nous croisons cependant pas mal de gens qui descendent, même des enfants et des personnes âgées. Ce n’est pas pour autant que ce sera une promenade de santé.

La balade commence sur du (faux) plat relativement facile, mais se transforme bientôt, palier après palier, en une succession d’escaliers de plus en plus raides. A croire que les moines qui les ont construits mesuraient plus de 2,20 mètres.

Au fil des escaliers, parfois très étroits, la foule s’épaissit. Des personnes de tous les âges (et quelques touristes) gravissent la montagne, dans le cadre du pèlerinage. Quant à nous, nous savons de moins en moins pourquoi nous le faisons.

A chaque palier, quelques échoppes proposent aux pèlerins de l’eau ou des rotis (pas de porc ou de bœuf, ce sont des galettes de pain frit). Capables d’avaler à peine de l’eau, nous faisons fi de ces tentations et profitons des paliers pour faire une petite pause.

Dans un des tronçons les plus compliqués, où il y a autant de personnes qui montent et qui descendent, créant des bouchons plus frustrants que sur le périph’ de Paris, une marche s’écroule sous les pieds de Charlotte. Au bord de l’épuisement, elle ne peut se retenir. Je ne suis qu’à deux marches, mais je ne peux rien faire. Trois hommes héroïques l’empêchent de dégringoler dans une chute qui aurait pu faire très mal. Mais en plus d’être pénible, c’est qu’elle est dangereuse, cette rogntudju de montée !

Peu de temps après, j’aperçois un homme qui dévale les marches à toute vitesse. Il se dirige droit vers moi, alors que je maintiens à peine l’équilibre. Je me rends compte qu’il a perdu le contrôle et qu’il se dirige vers une chute phénoménale. Aide de Charlotte (et des conseils de rugby de coach Mamat), je fais un mur et parviens à le retenir. Plus étonné qu’apeuré, il s’assoit sur les marches, et les autres pèlerins soignent sa cheville tordue. Ça va, il respire ; on peut continuer.

Les marches sont de plus en plus hautes. Pas toujours éclairées et inégales, elles commencent à nous taper sur les nerfs, mais on tient bon. Quelques lueurs pointent le bout du nez à l’horizon. Va-t-on arriver en haut à temps ? A l’avant-dernier palier, le sommet semble s’éloigner, mais par miracle, des rambardes apparaissent le long des marches. Ne dépendant plus seulement de nos jambes meurtries, nous utilisons la force des bras pour continuer. Mais bientôt, alors que les marches deviennent de plus en plus étroites, se pose un autre problème : un nouveau bouchon.

Les pèlerins sont venus en nombre. On compte même des handicapés qui ont pris leur courage à deux mains (enfin, pour ceux qui en ont…). Et ça se bouscule… Tout le monde veut arriver en haut à temps. Nous approchons du but alors qu’un avertissement nous arrête net : « Merci d’enlever vos chaussures ». Bousculés, mouillés, transpirant, nous peinons à les retirer, et à marcher au pas de l’escargot, les pieds gelés. Et en plus, y en a qui doublent dans les rangs.

Les lueurs se font plus vives. Nous ne sommes qu’à quelques marches du but. On se fait marcher sur les pieds en évitant les flaques glaciales (et franchement dégueulasses). Quelques longues minutes plus tard, nous y sommes, et pour nous accueillir, le soleil se fait deviner, avant de nous irradier de ses rayons. On a réussi. Alors que Houston nous acclame une fois de plus, je me demande si ce n’était pas plus difficile que d’obtenir le visa indien.

La cérémonie en elle-même consiste à passer dans le petit temple et à se recueillir quelques secondes. Des personnes se succèdent pour faire sonner une cloche. Nous apprendrons plus tard qu’ils la font sonner le nombre de fois qu’ils ont gravi le pic. « Euh, y a une nana qui a sonné quatre fois… Tu crois que… ? » Et oui.

Enchantés par notre victoire, nous retournons à l’hôtel pour un petit déjeuner bien mérité. Le lendemain, nous retrouvons Henri le Scooty pour gagner Nuwara Elya. Je vous laisse deviner le temps qu’il fait sur la route cabossée. Trempés une fois de plus, nous nous réfugions dans un petit hôtel en bordure de la ville. Grelottant, nous nous rendons compte que l’hôtel fait également spa. Dois-je préciser que Charlotte s’est laissée aller à un massage intégral avec bain vapeur ?

Quelque peu déçus par la ville, nous décidons tout de même de découvrir, avec le peu de vêtements secs qui nous restent, le joyau de l’ère coloniale : l’ancien club pour gentlemen, magnats du thé du XIXe siècle aux années 1960. Le Hill Club est une petite Angleterre dans ces montagnes pluvieuses. Affalés dans des canapés aux motifs fleuris, nous nous faisons servir une théière par un serveur en veste blanche. Plus tard, en début de soirée, on nous demande si nous souhaitons passer au bar ou dîner, auquel cas il faut porter veste et cravate. Les ayant laissés chez le teinturier, comprenez-vous, je suis confus. « N’ayez crainte, monsieur, nous pouvons vous en prêter. » Fouillant dans une armoire, je ne trouve qu’une veste à fines rayures et une cravate à l’effigie du club. Ravissante, je ne vous le fais pas dire. Tâtant quelques instants le confort des colons de l’époque, nous nous laissons aller à un apéritif servi avec des gants blancs.

Retour à la réalité, nous devons partir. La route jusqu’à Kandy se fera sans encombres, même si c’est Charlotte qui a pris le guidon pour la majeure partie du trajet. Nous avons visité une usine de thé, et enfin, nous sommes rentrés à Colombo, avant de prendre l’avion pour l’Inde (et y rester plus de 24 heures, cette fois-ci, on l’espère !).

Le temple de Kandy

Y a une dent là-dedans ?

La cérémonie bat son plein

Cherchez les moines


Paul chevauche Henri (le Scooty)

On the road again

Adam's Peak

La foule s'agglutine au sommet

L'aube arrive, on y est



Bon, c'était chouette... On se casse ?





C'est fan-thé-stique

Sur notre 31 pour prendre un drink au club

7 commentaires:

  1. Quelle aventure! Ca donne envie d'y être et de vivre tout ce que vous avez vécu à l'exception de la pluie, la transpiration, la fatigue, les blessures, et la grosse escalade... tout quoi. Keep up with the fascinating posts. Epic stuff!

    RépondreSupprimer
  2. J'ai mal aux pieds juste en vous lisant. Quelle aventure ! Continuez votre belle histoire. Je vous embrasse mais sans cravate, pardonnez moi Sir.

    RépondreSupprimer
  3. c'est excellent! on s'y croirait...gros kif les loulous , des bises!!!

    RépondreSupprimer
  4. Super, je grelotte et m’émerveille avec vous! Bravo les loulous!

    RépondreSupprimer
  5. Comme je vous comprend... Nuwara Elya n'a malheureusement plus aucun intérêt sur la durée cette ville a perdu tout son charme en moins de 10 ans mais cependant la route pour la rejoindre et à couper le souffle ;) enjoy India

    RépondreSupprimer
  6. " La route jusqu’à Kandy se fera sans encombres, même si c’est Charlotte qui a pris le guidon pour la majeure partie du trajet." : haha :) Haletant, le récit de votre montée d'Adam's Peak !! Heureusement que la vue du sommet était à la... hauteur, malgré la foule ! ;)

    RépondreSupprimer
  7. Paul tu es un hipster incompris, revient à paris sappé pareillement tu feras un tabac

    RépondreSupprimer