Il était une fois, il y a exactement 44 ans, le silence
règne dans la salle de contrôle de la NASA, à Houston. Une désagréable
sensation s’empare de l’atmosphère. Soudain, une voix se fait entendre. Les
astronautes d’Apollo 13 sont vivants. La salle de contrôle exulte.
C’est à peu près la même sensation que nous avons eue en
franchissant les portes de l’ambassade indienne à Colombo, avant de retrouver
nos passeports, estampillés du visa indien. Nous sommes allés fêter cela
dignement, sur la terrasse du Galle Face Hotel, sur le front de mer, avec
quelques excellentes margaritas.
Nous pouvons surtout aborder la suite du voyage avec plus de
sérénité. Hop ! Ni une, ni deux, nous sautons dans le premier train pour
Kandy, au centre du Sri Lanka. Les chemins de fer sillonnent les plantations de
thé, dans les montagnes. Même si nous n’avons pas réservé en classe
panoramique, qui permet d’avoir une vue imprenable sur ce paysage grandiose,
nous apercevons toutefois quelques merveilles.
Arrivés à Kandy, nous établissons le plan de bataille
suivant : Adam’s Peak, une montagne au sommet de laquelle se trouve un
petit temple, que tout Sri-lankais qui se respecte gravit au moins une fois
dans sa vie. La deuxième étape sera Nuwara Elya, une petite ville coloniale,
capitale du thé. Pour voir tout cela, nous décidons de louer un scooter et de
braver les montagnes du Sri Lanka. Cette péripétie se révélera des plus
sportives de tout le voyage jusqu’ici.
La ville de Kandy, tout d’abord, nous fait une belle
impression. Charmante petite ville qui entoure un lac, elle est surtout
connus=e pour son temple bouddhiste gigantesque. On nous dit de la visiter le
soir, car il y a une cérémonie d’hommage à la relique sacrée de la dent de
Bouddha. Joyau religieux du pays, cette relique aura été la moteur de
nombreuses guerres, et tout nouveau roi décide de lui construire un temple. La
cérémonie attire les foules venues du monde entier, et le temple majestueux
fait honneur à tous ces voyageurs par sa beauté et sa sérénité. Inutile de préciser
que la visite nocturne décuple les sensations, malgré la foule.
Le lendemain, après quelques courses sur le marché de Kandy,
nous enfourchons fièrement notre bécane, que nous baptisons Henri le Scooty
(pourquoi pas ?), et nous taillons les routes de montagne.
On nous conseille de gravir Adam’s Peak la nuit, en raison
de la chaleur, mais surtout pour assister à la cérémonie qui débute au lever du
soleil. Nous avons donc tout notre temps pour faire les trois heures de route
qui nous séparent du pic. A mi-chemin, nous sentons quelques gouttes de pluie…
En réalité, c’est une énorme averse qui s’abat sur nous.
Bien que parés de nos imperméables et de nos sur-pantalons (merci Papa et
Catherine pour le conseil !), nous sommes trempés de la tête aux pieds. Notre
destrier, Henri, brave les montagnes pour nous acheminer à bon port. Débarquant
dans un hôtel de montagne au pied d’Adam’s Peak, nous nous apercevons que même
notre petit sac à dos est trempé, de l’intérieur. Nous n’avons plus la moindre
ficelle de vêtement sèche, et nous nous levons à 1h30 du matin pour gravir les
5000 marches du pic.
Malgré la maigre consolation d’une tasse de thé bien chaud,
nous nous abandonnons à notre triste sort. Dans les montagnes, il fait froid,
donc nous nous abritons sous les couvertures pour quelques heures de sieste
avant la montée.
A son pied, à 2 heures du matin, Adam’s Peak est très
impressionnant. La montée nous paraît surhumaine, alors que nous approchons du
point de départ. Nous croisons cependant pas mal de gens qui descendent, même
des enfants et des personnes âgées. Ce n’est pas pour autant que ce sera une
promenade de santé.
La balade commence sur du (faux) plat relativement facile,
mais se transforme bientôt, palier après palier, en une succession d’escaliers
de plus en plus raides. A croire que les moines qui les ont construits
mesuraient plus de 2,20 mètres.
Au fil des escaliers, parfois très étroits, la foule s’épaissit.
Des personnes de tous les âges (et quelques touristes) gravissent la montagne,
dans le cadre du pèlerinage. Quant à nous, nous savons de moins en moins
pourquoi nous le faisons.
A chaque palier, quelques échoppes proposent aux pèlerins de
l’eau ou des rotis (pas de porc ou de bœuf, ce sont des galettes de pain frit).
Capables d’avaler à peine de l’eau, nous faisons fi de ces tentations et
profitons des paliers pour faire une petite pause.
Dans un des tronçons les plus compliqués, où il y a autant
de personnes qui montent et qui descendent, créant des bouchons plus frustrants
que sur le périph’ de Paris, une marche s’écroule sous les pieds de Charlotte.
Au bord de l’épuisement, elle ne peut se retenir. Je ne suis qu’à deux marches,
mais je ne peux rien faire. Trois hommes héroïques l’empêchent de dégringoler
dans une chute qui aurait pu faire très mal. Mais en plus d’être pénible, c’est
qu’elle est dangereuse, cette rogntudju de montée !
Peu de temps après, j’aperçois un homme qui dévale les
marches à toute vitesse. Il se dirige droit vers moi, alors que je maintiens à
peine l’équilibre. Je me rends compte qu’il a perdu le contrôle et qu’il se
dirige vers une chute phénoménale. Aide de Charlotte (et des conseils de rugby
de coach Mamat), je fais un mur et parviens à le retenir. Plus étonné qu’apeuré,
il s’assoit sur les marches, et les autres pèlerins soignent sa cheville
tordue. Ça va, il respire ; on peut continuer.
Les marches sont de plus en plus hautes. Pas toujours
éclairées et inégales, elles commencent à nous taper sur les nerfs, mais on
tient bon. Quelques lueurs pointent le bout du nez à l’horizon. Va-t-on arriver
en haut à temps ? A l’avant-dernier palier, le sommet semble s’éloigner,
mais par miracle, des rambardes apparaissent le long des marches. Ne dépendant
plus seulement de nos jambes meurtries, nous utilisons la force des bras pour
continuer. Mais bientôt, alors que les marches deviennent de plus en plus
étroites, se pose un autre problème : un nouveau bouchon.
Les pèlerins sont venus en nombre. On compte même des handicapés
qui ont pris leur courage à deux mains (enfin, pour ceux qui en ont…). Et ça se
bouscule… Tout le monde veut arriver en haut à temps. Nous approchons du but
alors qu’un avertissement nous arrête net : « Merci d’enlever vos
chaussures ». Bousculés, mouillés, transpirant, nous peinons à les
retirer, et à marcher au pas de l’escargot, les pieds gelés. Et en plus, y en a
qui doublent dans les rangs.
Les lueurs se font plus vives. Nous ne sommes qu’à quelques
marches du but. On se fait marcher sur les pieds en évitant les flaques
glaciales (et franchement dégueulasses). Quelques longues minutes plus tard,
nous y sommes, et pour nous accueillir, le soleil se fait deviner, avant de
nous irradier de ses rayons. On a réussi. Alors que Houston nous acclame une
fois de plus, je me demande si ce n’était pas plus difficile que d’obtenir le
visa indien.
La cérémonie en elle-même consiste à passer dans le petit
temple et à se recueillir quelques secondes. Des personnes se succèdent pour
faire sonner une cloche. Nous apprendrons plus tard qu’ils la font sonner le
nombre de fois qu’ils ont gravi le pic. « Euh, y a une nana qui a sonné
quatre fois… Tu crois que… ? » Et oui.
Enchantés par notre victoire, nous retournons à l’hôtel pour
un petit déjeuner bien mérité. Le lendemain, nous retrouvons Henri le Scooty
pour gagner Nuwara Elya. Je vous laisse deviner le temps qu’il fait sur la
route cabossée. Trempés une fois de plus, nous nous réfugions dans un petit
hôtel en bordure de la ville. Grelottant, nous nous rendons compte que l’hôtel
fait également spa. Dois-je préciser que Charlotte s’est laissée aller à un
massage intégral avec bain vapeur ?
Quelque peu déçus par la ville, nous décidons tout de même
de découvrir, avec le peu de vêtements secs qui nous restent, le joyau de l’ère
coloniale : l’ancien club pour gentlemen, magnats du thé du XIXe siècle
aux années 1960. Le Hill Club est une petite Angleterre dans ces montagnes
pluvieuses. Affalés dans des canapés aux motifs fleuris, nous nous faisons
servir une théière par un serveur en veste blanche. Plus tard, en début de
soirée, on nous demande si nous souhaitons passer au bar ou dîner, auquel cas
il faut porter veste et cravate. Les ayant laissés chez le teinturier,
comprenez-vous, je suis confus. « N’ayez crainte, monsieur, nous pouvons vous
en prêter. » Fouillant dans une armoire, je ne trouve qu’une veste à fines
rayures et une cravate à l’effigie du club. Ravissante, je ne vous le fais pas
dire. Tâtant quelques instants le confort des colons de l’époque, nous nous
laissons aller à un apéritif servi avec des gants blancs.
Retour à la réalité, nous devons partir. La route jusqu’à
Kandy se fera sans encombres, même si c’est Charlotte qui a pris le guidon pour
la majeure partie du trajet. Nous avons visité une usine de thé, et enfin, nous
sommes rentrés à Colombo, avant de prendre l’avion pour l’Inde (et y rester
plus de 24 heures, cette fois-ci, on l’espère !).
| Le temple de Kandy |
| Y a une dent là-dedans ? |
| La cérémonie bat son plein |
| Cherchez les moines |
| Paul chevauche Henri (le Scooty) |
| On the road again |
| Adam's Peak |
| La foule s'agglutine au sommet |
| L'aube arrive, on y est |
| Bon, c'était chouette... On se casse ? |
| C'est fan-thé-stique |
| Sur notre 31 pour prendre un drink au club |
Quelle aventure! Ca donne envie d'y être et de vivre tout ce que vous avez vécu à l'exception de la pluie, la transpiration, la fatigue, les blessures, et la grosse escalade... tout quoi. Keep up with the fascinating posts. Epic stuff!
RépondreSupprimerJ'ai mal aux pieds juste en vous lisant. Quelle aventure ! Continuez votre belle histoire. Je vous embrasse mais sans cravate, pardonnez moi Sir.
RépondreSupprimerc'est excellent! on s'y croirait...gros kif les loulous , des bises!!!
RépondreSupprimerSuper, je grelotte et m’émerveille avec vous! Bravo les loulous!
RépondreSupprimerComme je vous comprend... Nuwara Elya n'a malheureusement plus aucun intérêt sur la durée cette ville a perdu tout son charme en moins de 10 ans mais cependant la route pour la rejoindre et à couper le souffle ;) enjoy India
RépondreSupprimer" La route jusqu’à Kandy se fera sans encombres, même si c’est Charlotte qui a pris le guidon pour la majeure partie du trajet." : haha :) Haletant, le récit de votre montée d'Adam's Peak !! Heureusement que la vue du sommet était à la... hauteur, malgré la foule ! ;)
RépondreSupprimerPaul tu es un hipster incompris, revient à paris sappé pareillement tu feras un tabac
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