samedi 27 septembre 2014

Alligators et à travers



 PAUL – Au bord de la Route 66, que nous traversons à pied, se tient une cantina mexicaine. Alors que nous approchons, la porte s’ouvre et en sort un homme, grand Stetson blanc vissé sur le caillou, chemise blanche, jean, santiags avec éperons, et surtout une moustache à faire frémir tout pied-tendre des Village People qui croise son chemin. Il monte son destrier, une Chevrolet Silverado rehaussée et taille la route, laissant un nuage de poussière derrière lui. Nous entrons dans la cantina bondée de cowboys et commandons deux Bud’, que nous buvons sur le porche, face au coucher de soleil doré sur la plaine infinie. Pas de doute, nous sommes au Texas. 

Là où les cowboys règnent encore en maîtres sur une terre sèche, nous foulons ces prairies avec nos baskets et notre petite Kia (bon, y avait pas de promo sur les chevaux) jusqu’à la ville de Lubbock, terre natale de Buddy Holly. Nous y retrouvons Neil, un ami de la fac, en Angleterre, d’il y a plus de dix ans. Il est aujourd’hui installé ici avec sa femme, son fils, mais aussi sa belle-mère, sa « belle-grand-mère » ainsi que quatre chiens. C’est donc toute une tribu qui nous accueille le temps d’une soirée et d’une nuit texane, sous le signe de la nostalgie et des souvenirs d’une vie passée.

Après ce moment fort sympathique, nous continuons de tracer notre trait en travers de cet Etat gigantesque, jusqu’à Austin, dont on nous a vanté les mérites. Malheureusement, nous passons littéralement à côté d’Austin, par manque de logements abordables. Ce n’est que de l’autre côté de la ville qu’un panneau en forme de cactus attire notre attention : « Ghost Burgers »… Puis un deuxième : « Ghost Town »… Nous décidons de suivre les panneaux, nous enfonçant une fois de plus dans la plaine déserte du Texas, sans savoir où nous allons. Quelques minutes plus tard, nous posons le pied devant ce qui ressemble, en effet, à une ville fantôme. Nous poussons les portes battantes du saloon et trouvons une dame affairée derrière le bar. Nous lui demandons s’il est possible de camper dans les environs. « Attendez, nous répond-elle, je vais appeler le Sheriff George. » Peu après, déboule dans le saloon un sexagénaire affublé d’une chemise hawaïenne et de l’éternel chapeau. « C’est simple, nous dit-il, vous prenez un burger et une bière, et je vous laisse camper dans le fort. »

Le fort ?

Depuis 15 ans, George construit sur son temps libre cette ville fantôme et en fait un centre de loisirs pour groupes, familles, mariages, divorces… C’est le weekend ; un chanteur de country va jouer ce soir pour la dizaine de visiteurs. Une véritable ville du Far West, Austin Ghost Town a son épicerie, son barbier, son médecin, son fossoyeur et même un labyrinthe, un cinéma en plein air… et un fort, que l’on peut imaginer, assiégé de peaux-rouges attaquant en rond pour une vieille histoire de burger pas cuit. Et c’est là-dedans que nous pouvons planter notre tente.

Nous passons une très bonne soirée à chanter de la country, à manger des grillades à peine retirée du barbecue et à boire des Lone Star dans un gigantesque décor de cinéma. Le lendemain, nous sommes seuls, ce qui rajoute à la sensation « fantôme ». Nous prenons donc la route pour la Louisiane et son bayou.

Après deux jours et une nuit à rouler parmi les marécages, nous arrivons à la Nouvelle-Orléans, que nous nous empressons de découvrir sur le champ. Nous prenons un street-car jusqu’au « Quartier Français » et tombons dans la rue de la débauche et de la fête qu’est devenue Bourbon Street. Entre les femmes peu vêtues, les millions de litres d’alcool déversés et les volutes de fumée indéfinissables, nous sommes surpris, c’est peu dire. Nous qui nous attendions à des crocodiles jouant du jazz… Mais des crocodiles, nous en verrons. Nous passons par Royal Street (pas nommée après Ségolène, j’imagine) et arrivons à Decatur, où nous trouvons une terrasse à notre goût, où joue un groupe de jazz avec un chanteur à la voix de Louis Armstrong. Nouvelle-Orléans, nous voici !

Ce « quartier français » nous ravit, avec ses rues pavées, ses maisons coloniales, ses antiquaires, ses cafés, ses boutiques insolites, son esprit de bohème, teinté de cette sympathie ambiante, secret bien caché du sud des Etats-Unis.

Nous finirons notre deuxième jour de balade dans le plus ancien bar du quartier, où la police montée vient abreuver ses chevaux. Nous sommes accoudés au grand piano, et un très bon duo livre aux clients enthousiastes tous les classiques.

Le lendemain, nous partons à la découverte du bayou, guidés par le fils d’Annie Miller, chasseuse de toutes les espèces et qui a rendu le bayou accessible au public. Luttant contre les effets secondaires d’une bonne soirée, nous nous laissons emporter dans cette découverte d’un mode de vie quelque peu différent. Nous ne voyons que très peu d’alligators, mais apprenons beaucoup sur la vie du bayou, de sa faune et de sa flore. Une balade un peu humide (c’est la saison des ouragans) mais passionnante.

Après, nous mettons le cap sur la Floride, où nous attendent Sandrine, une française rencontrée en Birmanie et au Laos, ainsi que Harry Potter !

Austin Ghost Town

Coucher de soleil sur la ville fantôme

On ne sait jamais, autant se tailler un cerceuil sur mesure

Concert de country rien que pour nous

La Louisiane post-Katrina

Mais c'est beau quand même

La Nouvelle-Orléans...

... Son marché "français"...

... Son bar historique

Le héron du bayou

Les chasseurs d'alligators

La saison des ouragans (ce n'est pas du noir et blanc !)

La bayou, inquiétant mais beau

L'envol du héron

Retour à la Nouvelle-Orléans et à ses flics fumeurs de cigares

La petite parade d'avant match

1 commentaire:

  1. Génial, ces destinations me tentent beaucoup aussi !! Dommage que vous n'ayez pas eu le temps de prendre le premier cowboy en photo (celui qui sortait du saloon) ;) Profitez bien de la Floride les cocos !

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