PAUL – Le 12
janvier 2010, vous vous en souvenez, un séisme frappait Haïti, détruisant des
milliers d’habitations et tuant plus de 200 000 personnes. Plus de quatre
ans plus tard, après avoir travaillé à de nombreuses reprises sur ce contexte,
Cha et moi atterrissons à Port-au-Prince, pour voir de nos yeux ce pays ravagé
mais fascinant.
Seule étape caribéenne de notre voyage, Haïti est une
parenthèse du tour du monde, en apparence. En réalité, pour nous, il s’agit de
l’un des pays essentiels. Nous voulions voir de plus près les effets de la
catastrophe, ainsi que toutes les problématiques plus endémiques à ce pays en développement.
Après un mois et demi dans des pays « occidentaux », l’adaptation est
étrange mais pas difficile. Il y a tout d’abord une question de sécurité – un
attentat a eu lieu près de l’aéroport quelques jours avant notre arrivée – mais
nous ne rencontrons aucune difficulté.
Nous sommes accueillis par Liz (encore une amie
d’Afghanistan, un véritable club de rencontres !) qui nous héberge à
Pétionville, banlieue chic de Port-au-Prince. « Etre accueillis comme des
rois » prend ici une toute autre signification. Cuisinière hors pair, Liz
prépare un festin à chaque repas et nous nous sentons chez nous le temps de
quelques jours. Elle va même jusqu’à nous organiser une balade dans la
capitale, avec chauffeur !
De Port-au-Prince, nous découvrons son musée national, qui
relate les 200 ans d’indépendance du pays et propose une sélection d’art
contemporain haïtien très intéressant. Notre guide, Lily, un saxophoniste ayant
fait des tournées dans de nombreux pays, nous fait ensuite découvrir le marché
couvert, un poil étouffant, mais bondé d’objets aussi curieux qu’intéressants.
Nous visitons aussi le plus ancien hôtel encore en fonctionnement, d’un style
hybride colonial et haïtien, dont les chambres portent le nom des célébrités
les ayant occupées. Je mets n’importe qui au défi de passer une nuit dans la
suite Jean-Claude Van Damme.
Au final, Port-au-Prince a un intérêt limité d’un point de
vue touristique. D’ailleurs, le pays ne semble pas habitué au tourisme, tout
court. Nous bataillons pour trouver un moyen de nous rendre à Cap Haïtien, la
deuxième ville du pays, sur la côte nord.
Une fois là-bas, nous sommes accueillis par James, le fils
des propriétaires de la charmante Habitation des Lauriers, une espèce de mas
provençal surplombant toute la ville, avec une vue imprenable sur la baie. La
ville de Cap Haïtien est assez jolie ; elle essaie de préserver un style
colonial qui lui assure le charme nécessaire à son développement. Un
développement qui continue, puisque son aéroport devrait bientôt accueillir des
vols directs de Miami si tout va bien. Dans notre hôtel résident également des
Américains, qui construisent un YMCA, espèce d’auberge de jeunesse (et non pas
une chanson douteuse).
Le principal attrait de Cap Haïtien, c’est la Citadelle, une
forteresse construite il y a 200 ans pour repousser les envahisseurs français,
britanniques ou espagnols. Aucun n’est venu, mais ce château reste
quasi-intact, avec une collection impressionnante de canons saisis lors de
batailles précédentes avec les armées susmentionnées. Bon, le chemin pour y
aller est assez compliqué : une demi-heure de tap-tap (taxi collectif), 6
kilomètres en mototaxi, puis une demi-heure d’escalade, mais ça vaut le
coup !
Notre prochaine étape, Port-de-Paix, n’est pas très loin sur
la même côte, mais la route n’est tellement pas recommandée que nous devons
faire trois heures de bus au sud, soudoyer un autre chauffeur, et faire trois
ou quatre heures de route chaotique vers le nord à nouveau. Une fois à
Port-de-Paix, re-galère, à discuter avec les taxis qui finissent par nous
arnaquer. Pas d’hôtels corrects à Port-de-Paix, si ce n’est un immense frigo
qui menace de s’écrouler dans l’eau.
Si nous sommes dans cette ville sans le moindre intérêt,
c’est pour aller sur l’Île de la Tortue, en face. L’île ne s’est tellement pas
remise de son passé de piraterie que même aujourd’hui, elle ne sert qu’à
trafiquer drogues et divers homo sapiens. Par manque de contacts, nous ne
trouvons pas de bateau pour nous emmener sur une plage supposément magnifique,
donc nous nous promenons un peu avant de chercher un nouveau bateau pour nous
ramener à Port-de-Paix. Autrement dit, une perte de temps et d’argent.
Par chance, le mototaxi qui nous ramène à l’hôtel (oui, nous
sommes à trois sur la même moto, c’est normal !) nous propose de nous
emmener en voiture à notre prochaine étape, le Môle Saint Nicolas. Nous faisons
le calcul : son tarif exorbitant est plus avantageux que tout autre moyen.
Nous prenons donc rendez-vous le lendemain, décidés à profiter du luxe d’une
voiture privée. Tu parles !
En retard, ce n’est pas une voiture privée qui vient nous
chercher, mais une vieille camionnette déglinguée et occupée par six types à la
tête patibulaire (mais presque). Après une longue discussion, nous montons,
prêts à affronter les « trois ou quatre heures de route ». Deux
heures pour quitter la ville… Paiement en avance… Camionnette surchargée de
marchandises et de personnes… Nombreuses pannes diverses… Il nous faut la
bagatelle de sept heures sur des routes (ou plutôt des cailloux) épouvantables
pour arriver au Môle Saint Nicolas. Mais ça valait largement la peine !
Nous avons posé nos valises dans un petit coin de paradis, à
même la plage. Le Boukan Guinguette, monté par des Français travaillant en
Haïti, propose des bungalows sur sable blanc face à une mer turquoise. Nous
passerons quatre jours en pension complète, à lire entre deux baignades, et à
attendre que l’équipe nous dépose gratuitement à Port-au-Prince. Nous sommes
comme des coqs en pâte !
Le clou de ce séjour se présente sous la forme d’un
véritable débarquement. Un matin, nous apercevons deux bateaux qui foncent en
direction de la plage sur laquelle nous nous trouvons. Ce sont en réalité deux
yachts appartenant à un magnat de la bière haïtienne (la pas mauvaise
Prestige), qui a décidé de se faire une journée sur sa plage préférée. Nous
nous entendons assez bien avec ce millionnaire, qui ne tarde pas à nous
proposer de nous ramener sur son yacht à Miami, en passant par les Bahamas.
Nous devons repartir dans quelques jours pour Miami… Ce serait plus qu’une
aubaine, une occasion en or massif incrustée de pierres plus précieuses que les
Joyaux de la Couronne… si nous n’avions pas laissé la moitié de nos affaires
chez Liz, à Port-au-Prince. Dommage. Nous prendrons le 4x4 de nos hôtes
quelques jours plus tard.
Nous passons tout de même un moment très agréable avec les
patrons : Julien, un Alsacien en Haïti depuis huit ans et Fred, un
Auvergnat avec 20 ans d’expérience sur les terrains humanitaires les plus
difficiles. De Montferrand, c’est Fred qui a imposé les couleurs jaune et bleu
de l’ASM au logo de ce lieu exceptionnel. Moi qui ai grandi près de
Clermont-Ferrand, je me sens presque à la maison !
Ces véritables vacances à la plage doivent bien se terminer
un jour… Nous nous levons aux aurores et partons en deux voitures en piteux
état (dont un magnifique Land Rover Defender) pour Port-au-Prince. Malgré la
présence de deux mécanos, la voitures auront du mal à faire toute la route,
mais nous y parvenons quand même, au bout de 12 heures assez rock n’roll, pour
dire le moins ! Les adieux sont émouvants, mais nous ne sommes pas
mécontents de retrouver le confort de l’appartement de Liz.
Ayiti Chérie, tu nous en as fait voir de toutes les
couleurs !
Nous partons à présent pour un nouveau (et dernier)
continent dans ce tour du monde : l’Amérique du Sud. Première étape :
Lima !
| Les hauteurs de Port au Prince et son bidonville coloré |
| Le cathédrale de Port au Prince détruite par le seisme mais la vie continue dans le marché |
| Un taptap, taxi collectif bondé habituellement |
| Le plus vieil hotel de Port au Prince |
| La cathédrale de Cap Haitien |
| La vue de l'Habitation des Lauriers à Cap Haitien |
| Les fameux canons de la citadelle de Cap Haitien |
| La citadelle de Cap Haitien |
| La citadelle de Cap Haitien bis |
| En direct de l'île de la Tortue |
| Le petit port de l'île de la Tortue |
| Et hop, un coucher de soleil au Môle St Nicolas |
| Boukan Guinguette, le paradis perdu |
| La fibre artistique de Paul |
| La route est pourrie mais la vue est magique |
| Les petits bateaux haitiens qui résistent aux tempêtes on ne sait pas comment ! |
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire