jeudi 2 octobre 2014

Aïe, E.T. !



PAUL – Le 12 janvier 2010, vous vous en souvenez, un séisme frappait Haïti, détruisant des milliers d’habitations et tuant plus de 200 000 personnes. Plus de quatre ans plus tard, après avoir travaillé à de nombreuses reprises sur ce contexte, Cha et moi atterrissons à Port-au-Prince, pour voir de nos yeux ce pays ravagé mais fascinant.

Seule étape caribéenne de notre voyage, Haïti est une parenthèse du tour du monde, en apparence. En réalité, pour nous, il s’agit de l’un des pays essentiels. Nous voulions voir de plus près les effets de la catastrophe, ainsi que toutes les problématiques plus endémiques à ce pays en développement. Après un mois et demi dans des pays « occidentaux », l’adaptation est étrange mais pas difficile. Il y a tout d’abord une question de sécurité – un attentat a eu lieu près de l’aéroport quelques jours avant notre arrivée – mais nous ne rencontrons aucune difficulté.

Nous sommes accueillis par Liz (encore une amie d’Afghanistan, un véritable club de rencontres !) qui nous héberge à Pétionville, banlieue chic de Port-au-Prince. « Etre accueillis comme des rois » prend ici une toute autre signification. Cuisinière hors pair, Liz prépare un festin à chaque repas et nous nous sentons chez nous le temps de quelques jours. Elle va même jusqu’à nous organiser une balade dans la capitale, avec chauffeur !

De Port-au-Prince, nous découvrons son musée national, qui relate les 200 ans d’indépendance du pays et propose une sélection d’art contemporain haïtien très intéressant. Notre guide, Lily, un saxophoniste ayant fait des tournées dans de nombreux pays, nous fait ensuite découvrir le marché couvert, un poil étouffant, mais bondé d’objets aussi curieux qu’intéressants. Nous visitons aussi le plus ancien hôtel encore en fonctionnement, d’un style hybride colonial et haïtien, dont les chambres portent le nom des célébrités les ayant occupées. Je mets n’importe qui au défi de passer une nuit dans la suite Jean-Claude Van Damme.

Au final, Port-au-Prince a un intérêt limité d’un point de vue touristique. D’ailleurs, le pays ne semble pas habitué au tourisme, tout court. Nous bataillons pour trouver un moyen de nous rendre à Cap Haïtien, la deuxième ville du pays, sur la côte nord.

Une fois là-bas, nous sommes accueillis par James, le fils des propriétaires de la charmante Habitation des Lauriers, une espèce de mas provençal surplombant toute la ville, avec une vue imprenable sur la baie. La ville de Cap Haïtien est assez jolie ; elle essaie de préserver un style colonial qui lui assure le charme nécessaire à son développement. Un développement qui continue, puisque son aéroport devrait bientôt accueillir des vols directs de Miami si tout va bien. Dans notre hôtel résident également des Américains, qui construisent un YMCA, espèce d’auberge de jeunesse (et non pas une chanson douteuse).

Le principal attrait de Cap Haïtien, c’est la Citadelle, une forteresse construite il y a 200 ans pour repousser les envahisseurs français, britanniques ou espagnols. Aucun n’est venu, mais ce château reste quasi-intact, avec une collection impressionnante de canons saisis lors de batailles précédentes avec les armées susmentionnées. Bon, le chemin pour y aller est assez compliqué : une demi-heure de tap-tap (taxi collectif), 6 kilomètres en mototaxi, puis une demi-heure d’escalade, mais ça vaut le coup !

Notre prochaine étape, Port-de-Paix, n’est pas très loin sur la même côte, mais la route n’est tellement pas recommandée que nous devons faire trois heures de bus au sud, soudoyer un autre chauffeur, et faire trois ou quatre heures de route chaotique vers le nord à nouveau. Une fois à Port-de-Paix, re-galère, à discuter avec les taxis qui finissent par nous arnaquer. Pas d’hôtels corrects à Port-de-Paix, si ce n’est un immense frigo qui menace de s’écrouler dans l’eau.

Si nous sommes dans cette ville sans le moindre intérêt, c’est pour aller sur l’Île de la Tortue, en face. L’île ne s’est tellement pas remise de son passé de piraterie que même aujourd’hui, elle ne sert qu’à trafiquer drogues et divers homo sapiens. Par manque de contacts, nous ne trouvons pas de bateau pour nous emmener sur une plage supposément magnifique, donc nous nous promenons un peu avant de chercher un nouveau bateau pour nous ramener à Port-de-Paix. Autrement dit, une perte de temps et d’argent.

Par chance, le mototaxi qui nous ramène à l’hôtel (oui, nous sommes à trois sur la même moto, c’est normal !) nous propose de nous emmener en voiture à notre prochaine étape, le Môle Saint Nicolas. Nous faisons le calcul : son tarif exorbitant est plus avantageux que tout autre moyen. Nous prenons donc rendez-vous le lendemain, décidés à profiter du luxe d’une voiture privée. Tu parles !

En retard, ce n’est pas une voiture privée qui vient nous chercher, mais une vieille camionnette déglinguée et occupée par six types à la tête patibulaire (mais presque). Après une longue discussion, nous montons, prêts à affronter les « trois ou quatre heures de route ». Deux heures pour quitter la ville… Paiement en avance… Camionnette surchargée de marchandises et de personnes… Nombreuses pannes diverses… Il nous faut la bagatelle de sept heures sur des routes (ou plutôt des cailloux) épouvantables pour arriver au Môle Saint Nicolas. Mais ça valait largement la peine !

Nous avons posé nos valises dans un petit coin de paradis, à même la plage. Le Boukan Guinguette, monté par des Français travaillant en Haïti, propose des bungalows sur sable blanc face à une mer turquoise. Nous passerons quatre jours en pension complète, à lire entre deux baignades, et à attendre que l’équipe nous dépose gratuitement à Port-au-Prince. Nous sommes comme des coqs en pâte !

Le clou de ce séjour se présente sous la forme d’un véritable débarquement. Un matin, nous apercevons deux bateaux qui foncent en direction de la plage sur laquelle nous nous trouvons. Ce sont en réalité deux yachts appartenant à un magnat de la bière haïtienne (la pas mauvaise Prestige), qui a décidé de se faire une journée sur sa plage préférée. Nous nous entendons assez bien avec ce millionnaire, qui ne tarde pas à nous proposer de nous ramener sur son yacht à Miami, en passant par les Bahamas. Nous devons repartir dans quelques jours pour Miami… Ce serait plus qu’une aubaine, une occasion en or massif incrustée de pierres plus précieuses que les Joyaux de la Couronne… si nous n’avions pas laissé la moitié de nos affaires chez Liz, à Port-au-Prince. Dommage. Nous prendrons le 4x4 de nos hôtes quelques jours plus tard.

Nous passons tout de même un moment très agréable avec les patrons : Julien, un Alsacien en Haïti depuis huit ans et Fred, un Auvergnat avec 20 ans d’expérience sur les terrains humanitaires les plus difficiles. De Montferrand, c’est Fred qui a imposé les couleurs jaune et bleu de l’ASM au logo de ce lieu exceptionnel. Moi qui ai grandi près de Clermont-Ferrand, je me sens presque à la maison !

Ces véritables vacances à la plage doivent bien se terminer un jour… Nous nous levons aux aurores et partons en deux voitures en piteux état (dont un magnifique Land Rover Defender) pour Port-au-Prince. Malgré la présence de deux mécanos, la voitures auront du mal à faire toute la route, mais nous y parvenons quand même, au bout de 12 heures assez rock n’roll, pour dire le moins ! Les adieux sont émouvants, mais nous ne sommes pas mécontents de retrouver le confort de l’appartement de Liz.

Ayiti Chérie, tu nous en as fait voir de toutes les couleurs !

Nous partons à présent pour un nouveau (et dernier) continent dans ce tour du monde : l’Amérique du Sud. Première étape : Lima !

Les hauteurs de Port au Prince et son bidonville coloré

Le cathédrale de Port au Prince détruite par le seisme mais la vie continue dans le marché

Un taptap, taxi collectif bondé habituellement

Le plus vieil hotel de Port au Prince

La cathédrale de Cap Haitien

La vue de l'Habitation des Lauriers à Cap Haitien

Les fameux canons de la citadelle de Cap Haitien

La citadelle de Cap Haitien

La citadelle de Cap Haitien bis

En direct de l'île de la Tortue

Le petit port de l'île de la Tortue

Et hop, un coucher de soleil au Môle St Nicolas

Boukan Guinguette, le paradis perdu

La fibre artistique de Paul

La route est pourrie mais la vue est magique

Les petits bateaux haitiens qui résistent aux tempêtes on ne sait pas comment !

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