lundi 27 octobre 2014

L'Ilo zenfants



CHA - Bon, nos mamans avaient raison dès le premier coup d’œil, on a beaucoup apprécié Claire-Marie ! 

Nous avons été accueillis comme des rois et nous avons pu découvrir le vrai Pérou, sans touristes. Le premier soir, Claire-Marie nous emmène diner en compagnie de Cynthia, une amie péruvienne qui nous loge, et Gloria, la directrice du centre « La Casa Loyola », là où travaille Claire-Marie. Le dîner est un vrai bonheur et on assaille Gloria et Cynthia de questions et Claire-Marie traduit gentiment. Elle traduira d’ailleurs pendant quatre jours nos questions et nos phrases avec une grande patience !

Le lendemain matin, départ aux aurores pour aller visiter avec d’autres collègues un centre de l’association à Tacna, non loin d’Ilo. On rencontre du monde, on apprend beaucoup sur le travail des associations, sur les conditions de vie des familles pauvres etc. Claire-Marie travaille à la « Casa Loyola » qui est un centre d’accueil pour enfants en situation à risque, c’est-à-dire défavorisés. Les enfants sont accueillis l’après-midi pour des aides aux devoirs, des activités, des jeux et sont ramenés aux parents en fin de journée. Ici, l’école n’a lieu que le matin. L’après-midi est donc consacrée à des activités extra-scolaires dont ils ne bénéficieraient pas sans la Casa Loyola. Malgré la barrière de la langue, les enfants sont très curieux de nous voir et nous aussi ! En bonus de ce post, une petite vidéo réalisée par nos soins sur l’après-midi avec les enfants ce qui vous expliquera mieux l’ambiance et le travail réalisé par Claire-Marie, Gloria et les bénévoles.

Le soir, Gloria, Cynthia et Claire-Marie, l’équipe de choc, décident de combler nos lacunes en termes de gastronomie péruvienne et nous emmènent déguster des anticuchos, des steaks de cœur de vache. Un vrai délice malgré les apparences !

Le vendredi matin est consacré à la réalisation de notre vidéo surprise pour les enfants du centre et on rejoint Claire-Marie pour déjeuner avec des amis. Là encore, on comble nos lacunes gustatives en savourant un ceviche, du poisson cru dans une sauce citronnée. Encore une superbe découverte ! L’après-midi, Claire-Marie nous emmène visiter Santa Rosa, un autre centre dans lequel elle travaille, qui est situé en plein cœur d’un quartier très pauvre. Malgré le manque de moyen, les membres de l’association réalisent des prouesses pour aider les enfants. C’est assez impressionnant… Le manque de financement met en danger le programme pour l’année prochaine et lorsqu’on voit le travail réalisé par l’association et l’aide apportée aux enfants, on ne peut être que scandalisé. Nous visitons aussi un collège du quartier Santa Rosa qui lui aussi essai de joindre les deux bouts pour apporter une meilleure éducation aux enfants. Mais rien n’est facile, ni gagné… Lorsque nous arrivons sur place, nous apprenons que le collège s’est fait voler quasiment l’intégralité de son parc informatique, soit vingt ordinateurs, quelques jours avant. C’est terriblement injuste de voir des structures qui ne sont là que pour aider se faire dépouiller.  

Le vendredi soir est consacré aux adolescents avec des formations, des ateliers et des conférences sur des sujets divers. Ce soir-là, ce sont les relations interpersonnelles qui sont au menu. Un peu compliqué pour nous de comprendre puisque tout est en espagnol mais les jeunes sont nombreux et on l’air de s’intéresser. Une fois les adolescents partis, notre équipe de choc, Claire-Marie, Gloria et Cynthia nous entrainent pour la soirée. Nous découvrons grâce à elles un magasin, enfin plutôt un repaire d’ailleurs, tenu par un vieux péruvien au visage ridé qui vend toutes sortes d’alcool. A peine rentré dans son antre que nous avons déjà un verre à la main et qu’il entreprend de nous faire goûter ses secrets : le Brandy et le Pisco pur. La discussion s’engage avec le propriétaire et ses amis et nous passons une bonne demi-heure, verre à la main à papoter (notamment une discussion animée au sujet de la différence entre le Cognac et le Brandy). Nous continuons chez Cynthia qui à son tour, nous fait gouter l’alcool d’anis local, vaguement similaire à l’Arak. Bien fatigués, nous allons nous coucher puisque le lendemain matin c’est atelier cuisine avec les adolescents. C’est de bonne heure que nous rejoignons le groupe dans les cuisines d’un local à côté de la Casa Loyola. Ce moment nous permet de faire plus ample connaissance avec les jeunes qui nous posent autant de questions que nous leurs en posons ! A l’aide de gestes, de « francos » (moitié espagnol, moitié français) et de quelques mots d’anglais, on leur explique ce qu’on fait, la France, les croissants, la recette de la blanquette et plein de choses très utiles. Un bon moment !

Notre dernier jour à Ilo en compagnie de l’équipe de choc se termine puisque nous reprenons un bus dans l’après-midi. Nous avons passé quatre jours à aller de découverte en découverte, hors du circuit habituel et nous sommes bien tristes de quitter tout le monde. Nous garderons un super souvenir de ces moments passés à Ilo.

Encore un grand merci à Cynthia pour son très bon accueil dans sa maison, à Gloria pour son rire et sa superbe voix et surtout à Claire-Marie pour nous avoir trainé partout avec elle pendant quatre jours.

Bon et ok, merci aussi à nos mamans parce qu’effectivement sans vous, on serait passé à côté de ça !
Notre prochaine étape est donc Lima pour accueillir Bertrand et Monia, un couple d’amis venu exprès de France pour passer dix jours avec nous au Pérou et en Bolivie.

Ce sera donc eux qui prendront leur plume pour vous raconter nos prochaines aventures !
Bonne vidéo et à bientôt !

Ps: Pour voir la vidéo en bonne définition, il faut cliquer sur le petit rouage en bas à droite de la vidéo et choisir la meilleure définition.






lundi 13 octobre 2014

C'est Pérou ? C'est Per-là ! (Merci Damien!)

CHA - C’est un peu triste tout de même de se dire qu’on attaque la dernière ligne droite du voyage. On est content de vous retrouver bien sûr, mais on se dirige tout de même dangereusement vers la fin d’une grande étape.

Bref, Lima, capitale du Pérou. Nous y passerons deux jours, ce qui suffit pour découvrir l’aspect touristique de cette ville. Nous allons nous promener dans le quartier historique rempli de maisons coloniales, la Plaza de Armas (il y a une Plaza de Armas dans chaque grande ville du Pérou, c’est la place principale), la cathédrale etc. On en profite pour rattraper notre retard en musées et en connaissances sur le Pérou en allant visiter le Musée des catacombes, très intéressant, notamment la collection d’os triés par genre (tibias, crâne…) et le musée de l’Inquisition, entièrement en espagnol mais assez interactif pour qu’on comprenne tout. 
Une petite pause dej dans un bistrot typique qui aurait tout à fait sa place dans un film sur l’occupation allemande en France avec son grand comptoir, sa machine à café et ses serveurs en tablier, puis on poursuit notre balade dans Chinatown, où nous n’avons aperçu que trois Chinois. Apparemment, ils sont là, mais cachés derrière leurs comptoirs… On cherchera mieux la prochaine fois. 

Le lendemain, visite du quartier de l’auberge, Miraflores, où des ruines pré-Incas ont été retrouvés il y a environ 30 ans sous un terrain de moto cross (normal…). Assez incroyable ! Un minivan plus tard et nous voilà dans le quartier artiste-bobo de Barranco. On boit un petit café dans un vieux wagon de train parqué à un angle de rue, on descend jusqu’à la mer en traversant des dédales de vieilles maisons puis on rentre doucement à l’hôtel, puisque le lendemain on prend un bus dans la matinée pour Paracas, à 3 heures de route de Lima. 

On descend là-bas dans la même chaine d’auberge de jeunesse que celle de Lima ce qui nous permet d’avoir 10% de réduction. Il n’y a pas de petites économies ! 

L’attrait principal de Paracas, c’est sa réserve naturelle en deux parties : un parc terrestre et un parc maritime. L’après-midi même de notre arrivée, sous un beau soleil, on loue des vélos pour parcourir les quelques 20 km de balade dans le parc terrestre. Mais tout va de travers puisqu’on se perd en chemin et qu’on met 40 minutes pour trouver l’entrée du parc. Déjà essoufflé par notre détour, on déchante très vite puisque le vent de face souffle, mais souffle ! On a l’impression de faire du sur place et effectivement, on n’avance pas très vite : 3 km en 40 min environ sachant qu’il nous en reste une vingtaine, qu’il est 15h et que le parc ferme à 17h. De toute manière, je rends les armes peu après, épuisée comme si j’avais fait un footing de 20 km et on fait demi-tour. Pas eu le courage de continuer, face au vent, pendant 20 km je l’avoue… Tant pis, on se rattrapera le lendemain matin avec la visite de la réserve maritime. 

Mais encore une fois les éléments sont contre nous puisqu’à 10h, prêts à partir, on nous annonce qu’il y a trop de mer et que le bateau ne partira pas aujourd’hui. On a donc tout raté à Paracas ! Dommage mais c’est la vie… On saute donc dans un bus direction Huacachina, une oasis entourée de dunes de sables absolument splendide. 

C’est assez drôle comme endroit en fait. C’est à 10 min de voiture d’une énorme ville (tout est relatif pour énorme disons que c’est plus petit que Levallois), tu roules sur une route normale et là, paf, d’un seul coup, tu te retrouves encerclé par des dunes de sables gigantesque. On a l’impression d’être aux portes du désert. Quelques dunes plus loin tu arrives à une oasis qui doit faire la taille d’un grand étang (l’étang de Marmesse, par exemple, pour ma famille) entourée d’une promenade jonchée de resto et d’hôtels. On a logé au Banana Backpackers. Une auberge de jeunesse pas chère, assez « américaine » avec la musique à fond mais bon… on a eu une chambre pour nous deux et pas un dortoir avec 15 autres touristes et donc autant de paires de chaussettes sales et malodorantes trainant dans la chambre!

A Huacachina, il n’y a pas grand-chose à faire mise à part les deux attractions phares : du buggy dans les dunes suivi d’une session de surf sur sable, puis une dégustation des vins de la région et aussi du fameux Pisco, alcool local. Nous voilà donc partis pour un tour de 2 heures de Buggy (sorte de grosse voiture 4x4 sans toit ni porte ressemblant à une araignée de fer) et de snowboard de sable. Nous pensions que ça allait être une petite balade tranquille dans les dunes, histoire de regarder le paysage etc mais non… pas du tout ! C’est en fait une course de vitesse dans les dunes. Le Buggy va super vite et saute en haut des dunes, dévale les pentes à fond et s’enfonce dans le sable etc. Et ça n’est pas du goût de tout le monde, ce que je peux comprendre ! 

Heureusement, la voiture s’arrête pour nous permettre de faire du snowboard de sable. Au choix, soit debout comme un vrai snowboard soit allongé sur la planche. Paul joue le photographe et le supporter pendant que je tente de garder ma dignité malgré mes nombreuses chutes. Je me suis éclatée même si c’est assez dur de faire du snowboard sur le sable alors j’ai fini comme la majorité des gens, allongée comme une baleine sur ma planche à glisser à fond  sur le sable. Au final, c’est une luge la tête la première et c’est bien drôle !

Le lendemain, petite grasse mat jusqu’à 9h puis repos au bord de la piscine en attendant notre taxi pour aller à la dégustation. Et à l’heure dite, on se rend compte que notre réservation n’a pas été prise en compte… ! En plus, c’est les élections donc la vente d’alcool est interdite pendant 3 jours (on avait vu ça aussi en Inde) donc il n’y a qu’un seul domaine d’ouvert (il ne faut pas contrarier les touristes qui ont, eux, le droit de boire !) qui accepte de nous prendre au dernier moment pour le double du prix de base. On a donc laissé tomber. Tant pis ! Nous goûterons nous-mêmes au vin et au Pisco autour d’un bon diner ! Du coup, on part se balader autour de l’oasis (10 min de marche et on avait fait le tour) puis vers 17h, on grimpe en haut de la plus haute dune pour voir le coucher de soleil. Moment très chouette ! On a même pu observer les locaux faire des prouesses en snowboard de sable et ça, c’est très impressionnant.

Après le coucher de soleil, on redescend et on saute dans un bus de nuit pour Arequipa. Les bus ici sont super chouette ! On se croirait dans l’avion mais en mieux. Siege allongeable, plateau repas, films, petite couette et oreiller et même un Bingo (le jeu !) pour gagner des billets de bus gratuit. Ça n’est tout de même pas facile de dormir dans un bus mais c’est assez reposant pour qu’on puisse attaquer une journée « normale » derrière.

A l’arrivée à Arequipa, on prend un taxi et zou dans une petite auberge kitsch et vieillotte mais sympa comme tout. Le proprio de l’auberge nous conseille d’aller prendre le petit déjeuner au marché ce qu’on s’empresse de faire.

C’est un marché couvert qui accueille aussi bien des boucheries, des poissonneries, des primeurs, des artisans, des fromagers et des boutiques pour touristes. On achète trois empanadas, sorte de petit pain triangulaire rempli au choix de poulet, de viande, de fromage, de légumes, et on va s’assoir sur les tabourets pour déguster un pur jus de fruit. 
Ce que j’adore dans les pays en développement c’est l’accessibilité des fruits. C’est un bonheur de pouvoir se gaver d’un verre, que dis-je, d’une pinte, de jus d’orange, sans sucre, sans eau, juste pur, pour trois francs six sous ! Ça reste tout de même assez cher pour les locaux mais je ne peux m’empêcher de penser que si le prix des fruits et légumes était moins cher en France, on y arriverait sans soucis à manger nos 5 fruits et légumes par jour ! Bref, je divague mais je suis aux anges de pouvoir me faire un jus frais tous les matins voir plusieurs fois par jour !

Après le marché, on a marché (je sais… pas drôle…) dans ces rues bordées de maisons coloniales. Une des choses à faire à Arequipa, c’est visiter le couvent de Santa Catalina. Ni une, ni deux, on y va. Et on n’est pas déçu ! C’est splendide. Construit en 1570 juste après l’arrivée des premiers Espagnols dans la ville, le couvent a abrité de nombreuses nonnes ayant fait vœu de claustration et en abrite encore aujourd’hui. C’est une véritable ville dans la ville. Les maisons à l’intérieur sont faites de pierre de volcan et tout est peint en Terre de Sienne et bleu Grec. C’est absolument splendide ! Je pense que c’est l’un des plus beaux endroits qu’on a vu depuis le début. Il faut bien 1h30 pour faire le tour de ce couvent, entre les « cellules » (sic) des nonnes toute flanquées d’une cuisine avec un four à pain super beau, les bains des nonnes, les chapelles, le potager etc.

Après cette balade hors du temps, nous sommes allés nous poser dans un super endroit : un café chocolaterie. Comme vous le savez sûrement, les Incas étaient connus pour leurs connaissances en matière de chocolat. Un couple d’Irlandais a repris la tradition et a monté une usine de chocolat bio il y a un an, assortie d’un café. Autant vous dire que l’on s’est fait plaisir ! On a acheté deux tablettes de chocolat, gouté des petits chocolats à droite et à gauche et bu un chocolat glacé ! Du bonheur ! 

De retour à l’auberge, on se fait accoster, enfin plutôt interpeller de manière énergique, par un ami du proprio. Il se trouve que ce drôle de bonhomme, affublé d’un gilet en peau de Lama sous une chemise à carreaux de bucheron et d’un chapeau ridicule, est cordonnier et surtout très choqué par l’état de mes sandales. Il est vrai qu’elles sont cassées d’un peu partout et ne ressemblent plus à rien mais de là à pousser des cris comme les siens… ! Enfin, après avoir baragouiné trois mots en espagnol, je lui confie mes chaussures. Quelques heures plus tard, il vient me les rendre réparées, cirée et entreprend de jouer de nous jouer de l’harmonica dans le patio de l’hôtel alors que tout le monde dort. Avec nos trois mots d’espagnol encore une fois, on tente de l’arrêter et on finit par lui donner aussi les sandales de Paul. Je pense qu’on n’aurait pas pu lui faire plus plaisir et le lendemain, il nous rend les chaussures de Paul réparées et cirées, tout en continuant à parler, parler, parler, dans un espagnol incompréhensible pour nous. Nous avons fait un heureux, ça s’est sûr étant donné son sourire. Pour nous remercier d’avoir fait appel à ses services, il nous offre… un morceau de ficelle ! Une jolie ficelle épaisse qui doit lui être très utile pour réparer les chaussures et que nous gardons précieusement au cas où. Une rencontre hors du commun ! 

Il est temps pour nous de reprendre le bus mais cette fois pour une destination un peu particulière. En effet, nous allons retrouver quelqu’un que nous ne connaissons pas mais qui nous invite à partager sa vie pour quelques jours : Claire-Marie. Claire est française, installée depuis un an à Ilo, ville portuaire au sud du Pérou, et travaille  dans un centre pour enfants et adolescents en situation à risque. Nos mamans se sont rencontrées, il y a à peine deux semaines, au mariage d’Alexandre et Emmanuel, un ami d’enfance de la famille, mon presque-cousin. S’étant très bien entendues, elles ont discuté pendant toute la soirée et décidé qu’il fallait que nous, leurs filles, nous nous rencontrions, étant dans le même pays. 

Nous partons donc passer trois jours avec Claire-Marie, découvrir son travail à Ilo mais surtout savoir si nos mamans avaient raison en disant qu’on allait s’entendre à merveille. 

Suite au prochain épisode avec une petite surprise en prime ! 

Lima

La Plaza de Armas de Lima

Une rue de Lima

Les ruines de Miraflores

Les (faux) habitants des ruines de Miraflores

Le wagon de train de Barranco

Huacachina, l'oasis au milieu des dunes

Le snowboard de sable

Le marché d'Arequipa

Le couvent Santa Catalina

Couvent Santa Catalina

Couvent Santa Catalina


jeudi 2 octobre 2014

Aïe, E.T. !



PAUL – Le 12 janvier 2010, vous vous en souvenez, un séisme frappait Haïti, détruisant des milliers d’habitations et tuant plus de 200 000 personnes. Plus de quatre ans plus tard, après avoir travaillé à de nombreuses reprises sur ce contexte, Cha et moi atterrissons à Port-au-Prince, pour voir de nos yeux ce pays ravagé mais fascinant.

Seule étape caribéenne de notre voyage, Haïti est une parenthèse du tour du monde, en apparence. En réalité, pour nous, il s’agit de l’un des pays essentiels. Nous voulions voir de plus près les effets de la catastrophe, ainsi que toutes les problématiques plus endémiques à ce pays en développement. Après un mois et demi dans des pays « occidentaux », l’adaptation est étrange mais pas difficile. Il y a tout d’abord une question de sécurité – un attentat a eu lieu près de l’aéroport quelques jours avant notre arrivée – mais nous ne rencontrons aucune difficulté.

Nous sommes accueillis par Liz (encore une amie d’Afghanistan, un véritable club de rencontres !) qui nous héberge à Pétionville, banlieue chic de Port-au-Prince. « Etre accueillis comme des rois » prend ici une toute autre signification. Cuisinière hors pair, Liz prépare un festin à chaque repas et nous nous sentons chez nous le temps de quelques jours. Elle va même jusqu’à nous organiser une balade dans la capitale, avec chauffeur !

De Port-au-Prince, nous découvrons son musée national, qui relate les 200 ans d’indépendance du pays et propose une sélection d’art contemporain haïtien très intéressant. Notre guide, Lily, un saxophoniste ayant fait des tournées dans de nombreux pays, nous fait ensuite découvrir le marché couvert, un poil étouffant, mais bondé d’objets aussi curieux qu’intéressants. Nous visitons aussi le plus ancien hôtel encore en fonctionnement, d’un style hybride colonial et haïtien, dont les chambres portent le nom des célébrités les ayant occupées. Je mets n’importe qui au défi de passer une nuit dans la suite Jean-Claude Van Damme.

Au final, Port-au-Prince a un intérêt limité d’un point de vue touristique. D’ailleurs, le pays ne semble pas habitué au tourisme, tout court. Nous bataillons pour trouver un moyen de nous rendre à Cap Haïtien, la deuxième ville du pays, sur la côte nord.

Une fois là-bas, nous sommes accueillis par James, le fils des propriétaires de la charmante Habitation des Lauriers, une espèce de mas provençal surplombant toute la ville, avec une vue imprenable sur la baie. La ville de Cap Haïtien est assez jolie ; elle essaie de préserver un style colonial qui lui assure le charme nécessaire à son développement. Un développement qui continue, puisque son aéroport devrait bientôt accueillir des vols directs de Miami si tout va bien. Dans notre hôtel résident également des Américains, qui construisent un YMCA, espèce d’auberge de jeunesse (et non pas une chanson douteuse).

Le principal attrait de Cap Haïtien, c’est la Citadelle, une forteresse construite il y a 200 ans pour repousser les envahisseurs français, britanniques ou espagnols. Aucun n’est venu, mais ce château reste quasi-intact, avec une collection impressionnante de canons saisis lors de batailles précédentes avec les armées susmentionnées. Bon, le chemin pour y aller est assez compliqué : une demi-heure de tap-tap (taxi collectif), 6 kilomètres en mototaxi, puis une demi-heure d’escalade, mais ça vaut le coup !

Notre prochaine étape, Port-de-Paix, n’est pas très loin sur la même côte, mais la route n’est tellement pas recommandée que nous devons faire trois heures de bus au sud, soudoyer un autre chauffeur, et faire trois ou quatre heures de route chaotique vers le nord à nouveau. Une fois à Port-de-Paix, re-galère, à discuter avec les taxis qui finissent par nous arnaquer. Pas d’hôtels corrects à Port-de-Paix, si ce n’est un immense frigo qui menace de s’écrouler dans l’eau.

Si nous sommes dans cette ville sans le moindre intérêt, c’est pour aller sur l’Île de la Tortue, en face. L’île ne s’est tellement pas remise de son passé de piraterie que même aujourd’hui, elle ne sert qu’à trafiquer drogues et divers homo sapiens. Par manque de contacts, nous ne trouvons pas de bateau pour nous emmener sur une plage supposément magnifique, donc nous nous promenons un peu avant de chercher un nouveau bateau pour nous ramener à Port-de-Paix. Autrement dit, une perte de temps et d’argent.

Par chance, le mototaxi qui nous ramène à l’hôtel (oui, nous sommes à trois sur la même moto, c’est normal !) nous propose de nous emmener en voiture à notre prochaine étape, le Môle Saint Nicolas. Nous faisons le calcul : son tarif exorbitant est plus avantageux que tout autre moyen. Nous prenons donc rendez-vous le lendemain, décidés à profiter du luxe d’une voiture privée. Tu parles !

En retard, ce n’est pas une voiture privée qui vient nous chercher, mais une vieille camionnette déglinguée et occupée par six types à la tête patibulaire (mais presque). Après une longue discussion, nous montons, prêts à affronter les « trois ou quatre heures de route ». Deux heures pour quitter la ville… Paiement en avance… Camionnette surchargée de marchandises et de personnes… Nombreuses pannes diverses… Il nous faut la bagatelle de sept heures sur des routes (ou plutôt des cailloux) épouvantables pour arriver au Môle Saint Nicolas. Mais ça valait largement la peine !

Nous avons posé nos valises dans un petit coin de paradis, à même la plage. Le Boukan Guinguette, monté par des Français travaillant en Haïti, propose des bungalows sur sable blanc face à une mer turquoise. Nous passerons quatre jours en pension complète, à lire entre deux baignades, et à attendre que l’équipe nous dépose gratuitement à Port-au-Prince. Nous sommes comme des coqs en pâte !

Le clou de ce séjour se présente sous la forme d’un véritable débarquement. Un matin, nous apercevons deux bateaux qui foncent en direction de la plage sur laquelle nous nous trouvons. Ce sont en réalité deux yachts appartenant à un magnat de la bière haïtienne (la pas mauvaise Prestige), qui a décidé de se faire une journée sur sa plage préférée. Nous nous entendons assez bien avec ce millionnaire, qui ne tarde pas à nous proposer de nous ramener sur son yacht à Miami, en passant par les Bahamas. Nous devons repartir dans quelques jours pour Miami… Ce serait plus qu’une aubaine, une occasion en or massif incrustée de pierres plus précieuses que les Joyaux de la Couronne… si nous n’avions pas laissé la moitié de nos affaires chez Liz, à Port-au-Prince. Dommage. Nous prendrons le 4x4 de nos hôtes quelques jours plus tard.

Nous passons tout de même un moment très agréable avec les patrons : Julien, un Alsacien en Haïti depuis huit ans et Fred, un Auvergnat avec 20 ans d’expérience sur les terrains humanitaires les plus difficiles. De Montferrand, c’est Fred qui a imposé les couleurs jaune et bleu de l’ASM au logo de ce lieu exceptionnel. Moi qui ai grandi près de Clermont-Ferrand, je me sens presque à la maison !

Ces véritables vacances à la plage doivent bien se terminer un jour… Nous nous levons aux aurores et partons en deux voitures en piteux état (dont un magnifique Land Rover Defender) pour Port-au-Prince. Malgré la présence de deux mécanos, la voitures auront du mal à faire toute la route, mais nous y parvenons quand même, au bout de 12 heures assez rock n’roll, pour dire le moins ! Les adieux sont émouvants, mais nous ne sommes pas mécontents de retrouver le confort de l’appartement de Liz.

Ayiti Chérie, tu nous en as fait voir de toutes les couleurs !

Nous partons à présent pour un nouveau (et dernier) continent dans ce tour du monde : l’Amérique du Sud. Première étape : Lima !

Les hauteurs de Port au Prince et son bidonville coloré

Le cathédrale de Port au Prince détruite par le seisme mais la vie continue dans le marché

Un taptap, taxi collectif bondé habituellement

Le plus vieil hotel de Port au Prince

La cathédrale de Cap Haitien

La vue de l'Habitation des Lauriers à Cap Haitien

Les fameux canons de la citadelle de Cap Haitien

La citadelle de Cap Haitien

La citadelle de Cap Haitien bis

En direct de l'île de la Tortue

Le petit port de l'île de la Tortue

Et hop, un coucher de soleil au Môle St Nicolas

Boukan Guinguette, le paradis perdu

La fibre artistique de Paul

La route est pourrie mais la vue est magique

Les petits bateaux haitiens qui résistent aux tempêtes on ne sait pas comment !