mercredi 30 avril 2014

Kochi(calors !)



CHA - Kochi est en fait une île reliée à d’autres îles, elles-mêmes reliées au continent. Cette succession de petites îles est traversée par des backwaters, canaux qui servaient au transport du riz à une époque.

Nous posons nos valises à Fort Kochi, l’île la plus touristique dans THE auberge. A noter que pour l’instant, selon moi,  c’est la plus merveilleuse des auberges où nous sommes allées. Sheba et Ashley, le couple de propriétaires, y sont pour beaucoup. C’est l’incarnation même de la gentillesse. Leur auberge est mignonne comme tout, avec une grande terrasse sous les toits de paille et du thé chaud dispo à toute heure.

Dès le lendemain de notre arrivée et contrairement à nos habitudes, nous prenons place parmi un groupe de touristes (ouf, nous n’étions que 7 dont 3 indiens !) pour une journée de voyage sur les backwaters. Nous montons tout d’abord à bord (ahaha !) d’un bateau à moteur qui transportait anciennement du riz mais maintenant se contente de touristes.

Nous apprenons au cours de notre ballade que la spécialité des pêcheurs de Kochi, c’est la pêche à la moule d’eau douce. A l’aide d’un bâton de bois et de leurs pieds, ils détachent les moules des rochers puis les hissent à bord d’un bateau à fond plat. Parfois, le tas atteint une telle taille que l’on se demande comment le bateau fait pour ne pas couler ! Les moules sont ensuite cuisinées par les femmes puis vendues. Mais on apprend aussi, lors d’un arrêt dans une « usine » à moules, que la coquille est réutilisée elle aussi, et ce pour plusieurs usages, notamment… du dentifrice ! Et oui ! La moule peut entrer dans la composition du  dentifrice ! J’attends quand même le jour où l’on verra sur nos tubes de Colgate marqué « Fait à partir de coquilles de moules » !

Lors de cet arrêt, on découvre aussi l’alcool de cocotier. En effet, les cocotiers produisent des fleurs dont le jus, une fois fermenté, est alcoolisé. Les habitants grimpent tout en haut des arbres, coupent la fleur, récoltent le jus qu’ils mettent en bouteille puis le revendent aux bars aux alentours. De manière assez ingénieuse, ils créent des marches avec des noix de coco pour pouvoir accéder au sommet. Et pour avoir essayé, ça n’est pas si facile que ça n’en a l’air !

La journée se poursuit avec un déjeuner typique servi sur le bateau, un cours de communication donné au guide qui ne savait pas comment créer et modérer sa page pro Facebook, puis une ballade dans les « vrais » backwaters. Je dis vrai car il y a les grands backwaters qui ressemblent à de larges bras de fleuve et ceux où l’on ne va qu’en pirogue ou kayak qui passent à travers les petits villages et maisons isolées. La ballade est chouette, quoi qu’un peu monotone, et on décide de la pimenter un peu en essayant de manœuvrer la pirogue qui se dirige comme une gondole vénitienne. Et bien, ça aussi, c’est beaucoup plus dur que ça n’en a l’air ! Après avoir chacun notre tour fait percuter le bord de la pirogue, on jette l’éponge et on rentre à l’auberge.  

Le lendemain est consacré à la visite de la ville, plutôt jolie. Un quartier touristique mignon, avec ses restos bobo-bio (ça pousse comme du chiendent en Inde !), ses auberges et ses ruelles bordées de maisons basses. Mais c’est le quartier juif qui nous a le plus charmé, car moins touristique mais tout aussi bondé. Malheureusement, nous sommes arrivés durant les jours de fermeture de la synagogue et nous n’avons pas pu la visiter. En revanche, nous avons assisté à un spectacle de chant et de danse traditionnels du Kerala. Le show commence par une séance de maquillage d’une heure à laquelle nous pouvons assister. Et c’est assez impressionnant de voir ce vieil indien se transformer sous nos yeux en une divinité au visage vert et jaune. Puis, pendant une heure s’enchainent chants, danses, percussions et explication. On ressort de là heureux mais quelque peu déboussolé par certains rythmes limite envoutant.

Nous sommes maintenant samedi et c’est un grand jour puisque, tadam… nous allons prendre le train !

Utilisé par quelques dizaines de milliers de personnes chaque jour, c’est un des principaux moyens de transport en Inde. Ayant pris nos billets un peu à l’arrache (ce guichet, ah non pas celui-là, celui-là ? ah oui, bonjour madame on voudrait deux tickets svp pour Goa, il n’y a plus de place, ah si attendez, il reste une place, une couchette pour deux, bon ok, on prend, vous devez aller au bureau d’à côté spécial touriste, bonjour monsieur, passeport svp, une couchette pour deux ? bon allez je vous en donne une autre, ah bon ? merci monsieur, au revoir !), nous nous retrouvons avec deux couchettes en « sleepers » ce qui équivaut à la 4eme classe dans le train. Après lecture du guide du Routard, un peu tardive (oui, je sais maman, on aurait dû le lire avant !), je l’avoue, on nous apprend qu’il vaut mieux lorsqu’on est dans ces wagons « sleepers » attacher avec des chaines ses bagages aux barreaux du train. Hum… rassurant ! En s’attendant au pire, on est finalement plutôt agréablement surpris. On partage le carré (ce sont des sortes de compartiments avec 6 couchettes, 3 de chaque côté, ouvert directement sur le couloir, qui lui est partagé entre un espace pour marcher et deux autres couchettes) avec un couple assez âgé et un jeune sympa, et non pas une bande d’adolescents bruyants et peu discrets lorsqu’il s’agit de me lancer des regards pleins de sous-entendus).

Nous installons nos sacs à dos sur les couchettes, ce qui mange un bon quart de l’espace et tentons de trouver le sommeil. Pas très facile quand le lit donne sur le couloir ou tout le monde parle comme si on était un jour de marché. Mais nous finissons par trouver le sommeil, qui ne sera troublé qu’une fois par une famille composée exclusivement d’hommes, qui’ s’installe comme à la maison sur les autres couchettes libres.

Avec quand même très peu de sommeil à notre actif, nous arrivons à l’heure convenue (il faut reconnaitre que les transports indiens sont très ponctuels) à Goa, capitale de la fête ! 















lundi 21 avril 2014

L’Ashram d’Arul (ma poule !)



PAUL – Avant de traverser l’Inde et de passer de l’Etat du Tamil Nadu à celui du Kerala, nous faisons une halte dans un ashram. Je vous rassure, nous ne nous sommes pas convertis, nous ne mangeons pas que des graines et nous n’avons pas renoncé à la faculté de parler (enfin, surtout Cha).

L’histoire commence bien avant notre voyage, autour de la table de la salle à manger à Orcet, à Noël dernier. Grâce au conseil avisé de Véronique, qui m’apprend l’existence de ce lieu à Pondichéry, nous décidons d’aller voir de plus près.

Arul Ashram est un lieu où une communauté de Frères de Saint Jean s’est établie depuis les années 1990. En majorité français, ils s’occupent de ce lieu et accueillent des enfants âgés de 3 à 18 ans, séropositifs. Ils leur permettent d’accéder à l’éducation et organisent des activités pour ces jeunes, dont certains sont orphelins.

Nous leur proposons, avec le temps qui nous est imparti, de prendre quelques photos pour eux et de jouer un peu avec les enfants. Avant de dire ouf, nous nous retrouvons assaillis, à jongler avec les mioches qui nous sautent dessus.

Le lieu lui-même est un havre de paix, pourtant non loin de la jungle urbaine et de la route nationale. Bougainvilliers, hibiscus et cocotiers se côtoient en parfaite harmonie.

Nous avons été accueillis comme des amis par les frères et par le personnel de l’ashram. Mention spéciale au Frère Clément, dont l’enthousiasme et la générosité font de lui un hôte hors pair.

Malgré leur proposition, nous ne pouvons rester quelques jours. Nous partons le soir-même pour Kochi, sur la côte ouest de l’Inde. Nous leur envoyons tout de même quelques photos pour eux, pour les enfants, et pour agrémenter leur site internet : arulashram.com
















mercredi 16 avril 2014

In(de)croyable !



CHA - In(de)croyable, nous y sommes ! Oui, enfin nous sommes légalement sur le territoire indien ! Et pour bien commencer, c’est une superbe Ambassador qui nous sert de taxi pour nous conduire à notre auberge à Chennai. Pas grand-chose à vous raconter sur Chennai, grande ville bruyante et poussiéreuse. Nous partons dès le lendemain pour Mahabalipuram, petit bourg sur la côte apparemment très joli. Et nous ne sommes pas déçus, quoiqu’assez surpris ! Mahabalipuram est effectivement une jolie « station balnéaire » mais toute toute toute petite. Quatre ou cinq rues mignonnes de toutes les couleurs, une plage envahie de bateaux de pêche et de vaches et une tripotée de restaurants et de guest houses : voilà Mahabalipuram.

Malgré la brise marine, la température avoisine les 40° et le soleil de plomb empêche tout mouvement avant 16h. Nous partons donc en fin de journée nous balader dans les petites rues et sur la plage. Le lendemain sous une chaleur écrasante à 10h, nous allons visiter un temple qui surplombe la mer. Mahabalipuram est connue pour ses cinq Chariots qui sont en réalité des temples, mais il fait tellement chaud que nous n’avons pas le courage de nous y atteler et nous décidons de prendre la direction de Pondichéry dès l’heure du déjeuner. C’était sans compter sur les bus qui, les uns après les autres, nous refusent l’accès alors qu’il est 12h et que nous sommes en plein soleil sur une bretelle d’autoroute. Enfin, un bus nous accepte et nous grimpons dedans pour mieux nous retrouver coincés debout dans l’allée, sous le regard un peu exaspéré des Indiens qui ne peuvent plus circuler dans le bus. Quelques contorsions plus tard, on trouve une solution acceptable et c’est debout que nous passons les 2 heures qui nous séparent de Pondichéry.

Il faut savoir que les bus Indien sont apparemment une institution. Très nombreux, en mauvais état, blindés de monde à longueur de journée, leur réputation les précéde. Mais, finalement, après les bus d’Afrique de l’Est, on est vacciné et je trouve le trajet plutôt confortable, c’est dire !

Pondichéry la Française… j’avais hâte de découvrir cette enclave au parfum de France au sein de l’Inde et bien, je ne suis pas déçue ! A l’heure où j’écris, je viens de finir de délicieuses pâtes au pesto et hier soir, nous avons dégusté un filet de bœuf au beurre maitre d’hôtel svp. Je sais que la France ne se résume pas qu’à sa cuisine mais je ne vous raconte pas le bond qu’à fait mon cœur quand dans le menu, lors du premier déjeuner, j’ai lu « quiche du jour accompagnée de sa salade verte ». Un bonheur quand on mange  du poulet-riz depuis deux mois et demi maintenant !

Bref, comme vous vous en doutez, Pondichéry est très touristique. La ville se divise en deux. Le quartier près de la mer dit « quartier français » et de l’autre côté d’un canal le quartier indien, plus animé. Nous avons mis quelques temps à trouver une auberge à prix abordable dans le quartier français. Mais nous avons trouvé et nous partons de bon cœur nous balader.

Je suis vraiment charmée par cette ville. De grandes rues, certaines pavées, des maisons multicolores, de la verdure partout, du moderne mélangé à de l’ancien, c’est  vraiment très joli. Nous nous promenons aussi bien dans le quartier français que le quartier indien même si nous préférons profiter des restaurants français ! Dimanche soir, nous nous mélangeons même avec des expats de Pondichéry pour une séance de cinéma à l’Alliance Française (« Les amants du Pont Neuf », top !). Si les Indiens viennent de très loin, c’est pour aller méditer dans l’ashram (lieu de méditation) du grand mystique Sri Aurobinda et de son épouse, « Mother », une Française devenue aujourd’hui un symbole religieux très important dans toute la région. Nous avons visité son ashram et c’est un lieu très calme et serein quoique bondé de visiteurs.

Ah si ! Autre particularité de cette ville aux mille facettes, une promenade (très très très (j’insiste !) ressemblante avec la Promenade des Anglais à Nice) longe la mer, agrémentée d’une gigantesque statue de Gandhi.

Au coucher du soleil, les locaux, les Indiens en vacances et les touristes se mélangent pour une balade. On y trouve un marché où l’on peut tout aussi bien acheter des « langues de belle-mère » qu’une portion de fruits de mer ou encore des colliers de fleurs ou de coquillages. Mais surtout, on peut y trouver tous les soirs, une bande de vieux Indiens (ou moins vieux d’ailleurs) qui à la lueur des réverbères disputent une partie de pétanque. D’après notre expert ès pétanque, ils sont d’ailleurs très bons. Même pas besoin de fermer les yeux pour se retrouver dans le sud de la France, un soir d’été. Il manque juste le pastis !

Voilà pour Pondichéry. J’ai beaucoup apprécié cette ville où le temps passe doucement et où il fait bon vivre.

Mis à part cela, un léger accident est venu noircir ce tableau puisque la bretelle de mon sac à dos s’est cassée. Ce qui est assez embêtant, vous comprenez. Nous l’avons fait réparer par un petit cordonnier de rue à Pondichéry mais je doute que cela tienne longtemps. A la dernière pesée, à l’aéroport de Colombo, j’avais quand même 19,5 kg sur le dos (gros mystère d’ailleurs puisque je suis partie avec 17 kg et que je n’ai rien acheté… même chose pour Paul qui lui affiche 20,5kg au compteur). Nous verrons bien combien de temps cela va tenir et on avisera.

Nous sommes aujourd’hui mardi 16 avril et nous partons ce soir en bus couchette pour Kochi sur la côte ouest cette fois. Une grande transversale qui va nous faire  gagner un temps précieux puisqu’il ne nous reste qu’un mois et une semaine avant de prendre l’avion pour Bangkok (et entre les deux, on va au Népal !). Mais ne mettons pas la charrue avant les bœufs et profitons de tout ce que l’Inde a à nous offrir, ce qui n’est pas peu dire ! 

La vache qui tache sur la plage

Un peu de quotidien : l'installation de la moustiquaire

Le temple de Mahabalipuram

La faune mécanique de Pondichéry


Et sa flore, plutôt chouette




Symbole de Pondichéry, nous retrouverons cette espèce de saltimbanque dans le film "Les Amants du Pont Neuf" (en cherchant bien)

La "Promenade des Anglais"



Il est grand, dis !

mercredi 9 avril 2014

Une escalade qui tombe à pic



Il était une fois, il y a exactement 44 ans, le silence règne dans la salle de contrôle de la NASA, à Houston. Une désagréable sensation s’empare de l’atmosphère. Soudain, une voix se fait entendre. Les astronautes d’Apollo 13 sont vivants. La salle de contrôle exulte.

C’est à peu près la même sensation que nous avons eue en franchissant les portes de l’ambassade indienne à Colombo, avant de retrouver nos passeports, estampillés du visa indien. Nous sommes allés fêter cela dignement, sur la terrasse du Galle Face Hotel, sur le front de mer, avec quelques excellentes margaritas.

Nous pouvons surtout aborder la suite du voyage avec plus de sérénité. Hop ! Ni une, ni deux, nous sautons dans le premier train pour Kandy, au centre du Sri Lanka. Les chemins de fer sillonnent les plantations de thé, dans les montagnes. Même si nous n’avons pas réservé en classe panoramique, qui permet d’avoir une vue imprenable sur ce paysage grandiose, nous apercevons toutefois quelques merveilles.

Arrivés à Kandy, nous établissons le plan de bataille suivant : Adam’s Peak, une montagne au sommet de laquelle se trouve un petit temple, que tout Sri-lankais qui se respecte gravit au moins une fois dans sa vie. La deuxième étape sera Nuwara Elya, une petite ville coloniale, capitale du thé. Pour voir tout cela, nous décidons de louer un scooter et de braver les montagnes du Sri Lanka. Cette péripétie se révélera des plus sportives de tout le voyage jusqu’ici.

La ville de Kandy, tout d’abord, nous fait une belle impression. Charmante petite ville qui entoure un lac, elle est surtout connus=e pour son temple bouddhiste gigantesque. On nous dit de la visiter le soir, car il y a une cérémonie d’hommage à la relique sacrée de la dent de Bouddha. Joyau religieux du pays, cette relique aura été la moteur de nombreuses guerres, et tout nouveau roi décide de lui construire un temple. La cérémonie attire les foules venues du monde entier, et le temple majestueux fait honneur à tous ces voyageurs par sa beauté et sa sérénité. Inutile de préciser que la visite nocturne décuple les sensations, malgré la foule.

Le lendemain, après quelques courses sur le marché de Kandy, nous enfourchons fièrement notre bécane, que nous baptisons Henri le Scooty (pourquoi pas ?), et nous taillons les routes de montagne.
On nous conseille de gravir Adam’s Peak la nuit, en raison de la chaleur, mais surtout pour assister à la cérémonie qui débute au lever du soleil. Nous avons donc tout notre temps pour faire les trois heures de route qui nous séparent du pic. A mi-chemin, nous sentons quelques gouttes de pluie…

En réalité, c’est une énorme averse qui s’abat sur nous. Bien que parés de nos imperméables et de nos sur-pantalons (merci Papa et Catherine pour le conseil !), nous sommes trempés de la tête aux pieds. Notre destrier, Henri, brave les montagnes pour nous acheminer à bon port. Débarquant dans un hôtel de montagne au pied d’Adam’s Peak, nous nous apercevons que même notre petit sac à dos est trempé, de l’intérieur. Nous n’avons plus la moindre ficelle de vêtement sèche, et nous nous levons à 1h30 du matin pour gravir les 5000 marches du pic.

Malgré la maigre consolation d’une tasse de thé bien chaud, nous nous abandonnons à notre triste sort. Dans les montagnes, il fait froid, donc nous nous abritons sous les couvertures pour quelques heures de sieste avant la montée.

A son pied, à 2 heures du matin, Adam’s Peak est très impressionnant. La montée nous paraît surhumaine, alors que nous approchons du point de départ. Nous croisons cependant pas mal de gens qui descendent, même des enfants et des personnes âgées. Ce n’est pas pour autant que ce sera une promenade de santé.

La balade commence sur du (faux) plat relativement facile, mais se transforme bientôt, palier après palier, en une succession d’escaliers de plus en plus raides. A croire que les moines qui les ont construits mesuraient plus de 2,20 mètres.

Au fil des escaliers, parfois très étroits, la foule s’épaissit. Des personnes de tous les âges (et quelques touristes) gravissent la montagne, dans le cadre du pèlerinage. Quant à nous, nous savons de moins en moins pourquoi nous le faisons.

A chaque palier, quelques échoppes proposent aux pèlerins de l’eau ou des rotis (pas de porc ou de bœuf, ce sont des galettes de pain frit). Capables d’avaler à peine de l’eau, nous faisons fi de ces tentations et profitons des paliers pour faire une petite pause.

Dans un des tronçons les plus compliqués, où il y a autant de personnes qui montent et qui descendent, créant des bouchons plus frustrants que sur le périph’ de Paris, une marche s’écroule sous les pieds de Charlotte. Au bord de l’épuisement, elle ne peut se retenir. Je ne suis qu’à deux marches, mais je ne peux rien faire. Trois hommes héroïques l’empêchent de dégringoler dans une chute qui aurait pu faire très mal. Mais en plus d’être pénible, c’est qu’elle est dangereuse, cette rogntudju de montée !

Peu de temps après, j’aperçois un homme qui dévale les marches à toute vitesse. Il se dirige droit vers moi, alors que je maintiens à peine l’équilibre. Je me rends compte qu’il a perdu le contrôle et qu’il se dirige vers une chute phénoménale. Aide de Charlotte (et des conseils de rugby de coach Mamat), je fais un mur et parviens à le retenir. Plus étonné qu’apeuré, il s’assoit sur les marches, et les autres pèlerins soignent sa cheville tordue. Ça va, il respire ; on peut continuer.

Les marches sont de plus en plus hautes. Pas toujours éclairées et inégales, elles commencent à nous taper sur les nerfs, mais on tient bon. Quelques lueurs pointent le bout du nez à l’horizon. Va-t-on arriver en haut à temps ? A l’avant-dernier palier, le sommet semble s’éloigner, mais par miracle, des rambardes apparaissent le long des marches. Ne dépendant plus seulement de nos jambes meurtries, nous utilisons la force des bras pour continuer. Mais bientôt, alors que les marches deviennent de plus en plus étroites, se pose un autre problème : un nouveau bouchon.

Les pèlerins sont venus en nombre. On compte même des handicapés qui ont pris leur courage à deux mains (enfin, pour ceux qui en ont…). Et ça se bouscule… Tout le monde veut arriver en haut à temps. Nous approchons du but alors qu’un avertissement nous arrête net : « Merci d’enlever vos chaussures ». Bousculés, mouillés, transpirant, nous peinons à les retirer, et à marcher au pas de l’escargot, les pieds gelés. Et en plus, y en a qui doublent dans les rangs.

Les lueurs se font plus vives. Nous ne sommes qu’à quelques marches du but. On se fait marcher sur les pieds en évitant les flaques glaciales (et franchement dégueulasses). Quelques longues minutes plus tard, nous y sommes, et pour nous accueillir, le soleil se fait deviner, avant de nous irradier de ses rayons. On a réussi. Alors que Houston nous acclame une fois de plus, je me demande si ce n’était pas plus difficile que d’obtenir le visa indien.

La cérémonie en elle-même consiste à passer dans le petit temple et à se recueillir quelques secondes. Des personnes se succèdent pour faire sonner une cloche. Nous apprendrons plus tard qu’ils la font sonner le nombre de fois qu’ils ont gravi le pic. « Euh, y a une nana qui a sonné quatre fois… Tu crois que… ? » Et oui.

Enchantés par notre victoire, nous retournons à l’hôtel pour un petit déjeuner bien mérité. Le lendemain, nous retrouvons Henri le Scooty pour gagner Nuwara Elya. Je vous laisse deviner le temps qu’il fait sur la route cabossée. Trempés une fois de plus, nous nous réfugions dans un petit hôtel en bordure de la ville. Grelottant, nous nous rendons compte que l’hôtel fait également spa. Dois-je préciser que Charlotte s’est laissée aller à un massage intégral avec bain vapeur ?

Quelque peu déçus par la ville, nous décidons tout de même de découvrir, avec le peu de vêtements secs qui nous restent, le joyau de l’ère coloniale : l’ancien club pour gentlemen, magnats du thé du XIXe siècle aux années 1960. Le Hill Club est une petite Angleterre dans ces montagnes pluvieuses. Affalés dans des canapés aux motifs fleuris, nous nous faisons servir une théière par un serveur en veste blanche. Plus tard, en début de soirée, on nous demande si nous souhaitons passer au bar ou dîner, auquel cas il faut porter veste et cravate. Les ayant laissés chez le teinturier, comprenez-vous, je suis confus. « N’ayez crainte, monsieur, nous pouvons vous en prêter. » Fouillant dans une armoire, je ne trouve qu’une veste à fines rayures et une cravate à l’effigie du club. Ravissante, je ne vous le fais pas dire. Tâtant quelques instants le confort des colons de l’époque, nous nous laissons aller à un apéritif servi avec des gants blancs.

Retour à la réalité, nous devons partir. La route jusqu’à Kandy se fera sans encombres, même si c’est Charlotte qui a pris le guidon pour la majeure partie du trajet. Nous avons visité une usine de thé, et enfin, nous sommes rentrés à Colombo, avant de prendre l’avion pour l’Inde (et y rester plus de 24 heures, cette fois-ci, on l’espère !).

Le temple de Kandy

Y a une dent là-dedans ?

La cérémonie bat son plein

Cherchez les moines


Paul chevauche Henri (le Scooty)

On the road again

Adam's Peak

La foule s'agglutine au sommet

L'aube arrive, on y est



Bon, c'était chouette... On se casse ?





C'est fan-thé-stique

Sur notre 31 pour prendre un drink au club