samedi 5 juillet 2014

La moto, c’est de la bombe



PAUL – Vous commencez à bien nous connaître, désormais. Ce n’est pas une (ou plusieurs) panne(s) qui nous arrêtent. D’ailleurs, très peu de temps après cette escapade en moto à Vang Vieng, nous en ferons d’autres dans les jours qui suivent.

Tout d’abord, Phonsavane, à quelques six heures de minibus à travers les montagnes. De cette prochaine destination, nous ne savons pas beaucoup, si ce n’est la présence d’immenses jarres depuis des centaines d’années. De cette « plaine des jarres », même les habitants locaux en savent très peu. Nous avons été convaincus d’y aller par quelques photos prises par un autre voyageur. Ambiance Stonehenge, nous promet-on, mais c’est à peine Carnac qui s’offre à nous.

Ayant loué une moto une fois à Phonsavane, nous taillons les pistes pour nous engouffrer dans la plaine. Nous trouvons ces quelques dizaines de jarres, mais le manque d’explications ou même de théories nous rend aussi perplexes que les locaux. Certains disent que ces jarres servaient à conserver le vin du roi, jadis, mais rien ne le prouve. Ce qui attire d’avantage notre attention, ce sont les panneaux relatant le travail incessant et colossal de déminage dans la zone.

Bombaisers de Phonsavane

En effet, le Laos a souffert, pendant la guerre du Vietnam, de la plus grosse vague de bombardements (par habitant) de tous les temps, menée notamment par les Américains. Alors que les accords interdisent aux Etats-Unis toute opération militaire au Laos, l’Air Force a tenté de débusquer les hommes de Ho Chi Minh et les milices communistes du nord du Laos.

La particularité de ces bombardements est que c’était la première utilisation de « cluster bombs » ou bombes à défragmentation. Chaque obus relâchait des centaines de « bombies » grandes (et jaunes) comme des balles de tennis. Le type même d’objet avec lequel un enfant est susceptible de jouer s’il le trouve.

Depuis la fin de la guerre, de nombreuses ONG dont le Mine Advisory Group (MAG), débusquent encore aujourd’hui ces petites bombes. Au-delà du risque de mutilation ou de mort des habitants, les bombes constituent un risque économique. Les paysans, par exemple, n’osent pas étendre leurs terres pour cultiver assez de riz pour l’année, car ils ont peur de ce petit coup de bêche qui les enverrait à l’autre bout de la vallée. Le MAG propose un centre d’information en ville, ainsi qu’une projection d’un documentaire fascinant sur le phénomène.

Le beau temps n’ayant pas été au rendez-vous pendant notre court séjour à Phonesavane, c’est mouillés, une fois de plus, que nous avons visité la région. La découverte de la plaine des jarres ayant fait, de surcroît, un effet de pétard mouillé, nous décidons de reprendre la route pour une grande ville perchée dans les montagnes, loin des intempéries : Luang Prabang.

Bien que très touristique, Luang Prabang est une jolie ville agréable. Son architecture très française, entourant les temples, abrite de nombreux cafés et restaurants occidentaux et on se surprendrait à passer plusieurs jours à flâner sur cette péninsule nichée entre le Mékong et le Nam Pha.

Nous ne nous éternisons que très peu en ville, pourtant, car les alentours proposent de nombreuses choses à découvrir. Fans de motos, décidément, nous louons une petite Honda pour faire la route. Avant de partir, sur le marché de la ville, nous croisons Sandrine, une Française vivant aux Etats-Unis rencontrée lors de notre dégustation de vin au Myanmar ! Aussi contente que nous de cette surprise, ni une ni deux, elle décide elle aussi de louer une bécane et de nous suivre pour la journée.

Nous attaquons par une balade très sympathique vers des chutes d’eau. Emballés par les eaux claires,  nous nous baignons même dans une des piscines naturelles. Etonnamment, le site contient également une réserve d’ours. L’ours noir d’Asie du Sud-Est est assez petit, mais il suffit à ravir les quelques touristes présents. Ces « quelques touristes » se transformant en cars entiers, nous prenons congé pour déjeuner quelque part sur la route. C’est la très souriante La (prononcer Laaaaaa pour faire vraiment local !) qui nous sert une soupe de nouilles, tout en faisant un petit cours de Lao.

La suite de la visite nous fait prendre une bonne cinquantaine de kilomètres, à la recherche de la grotte de Pak Ou. Nous quittons la nationale pour nous engouffrer dans une piste de jungle aux vues magnifiques sur le Mékong. Une fois arrivés au village de Pak Ou, raidis par les motos, nous apprenons qu’ils faut non seulement payer l’entrée de la grotte, mais aussi le parking de la moto, ainsi que la traversée du Mékong en bateau. Coût total : un peu moins de 4€, mais quand même !

Nous ne serons pas déçus. La traversée sur le petit bateau nous offre un panorama superbe sur le fleuve et sa vallée, ainsi que sur l’entrée de la grotte, une véritable bouche béante dans la falaise. A l’intérieur : plus de 4000 petites figures de Bouddha en bois, offertes par les fidèles depuis plus de 200 ans. La grimpette qui nous mène à la grotte supérieure (mais qu’est-ce qu’ils ont à tout mettre en hauteur ?! Et encore, nous sommes venus en moto !), nous confrontera à un portail digne du Seigneur des Anneaux. Le détenteur des clés nous ouvre la voie aux mines de la Moria, et on ne peut que se l’imaginer en train de nous enfermer à l’intérieur en faisant résonner son rire sadique. Il n’en fera rien, je vous rassure.

Il fait nuit noire là-dedans ; heureusement que nous avons apporté des lampes torches. Nous découvrons à nouveau de nombreuses figures de Bouddha, toutes très différentes.

La route du retour se fait sans encombre, bien que nous arrivions raides après une journée de moto. Nous dînons au bord du Mékong avec Sandrine, ainsi que Richard et Flore, nos amis de Vang Vieng, que nous croisons dans la rue.

Légèrement frustrés de ne pas rester plus longtemps à Luang Prabang (nous avons l’objectif d’arriver à Hanoï le 7 juillet, vous verrez bientôt pourquoi), nous prenons un bus puis un bateau pour rallier Muang Ngoi, un petit village au bord du Mékong où le calme nous attend !


La plaine des jarres

Rizières et pâturages sont les deux mamelles du Laos

Easy Rider

A Luang Prabang

Wat Xieng Thong, plus ancien temple de Luang Prabang

Cha se fait des amis

Le Mékong entourant Luang Prabang

La cérémonie d'offrandes aux moines, malheureusement assiégée de touristes irrespectueux




Le bateau qui nous mène aux grottes





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