PAUL – Vous commencez à bien nous connaître, désormais. Ce
n’est pas une (ou plusieurs) panne(s) qui nous arrêtent. D’ailleurs, très peu
de temps après cette escapade en moto à Vang Vieng, nous en ferons d’autres
dans les jours qui suivent.
Tout d’abord, Phonsavane, à quelques six heures de minibus à
travers les montagnes. De cette prochaine destination, nous ne savons pas
beaucoup, si ce n’est la présence d’immenses jarres depuis des centaines
d’années. De cette « plaine des jarres », même les habitants locaux
en savent très peu. Nous avons été convaincus d’y aller par quelques photos
prises par un autre voyageur. Ambiance Stonehenge, nous promet-on, mais c’est à
peine Carnac qui s’offre à nous.
Ayant loué une moto une fois à Phonsavane, nous taillons les
pistes pour nous engouffrer dans la plaine. Nous trouvons ces quelques dizaines
de jarres, mais le manque d’explications ou même de théories nous rend aussi
perplexes que les locaux. Certains disent que ces jarres servaient à conserver
le vin du roi, jadis, mais rien ne le prouve. Ce qui attire d’avantage notre
attention, ce sont les panneaux relatant le travail incessant et colossal de
déminage dans la zone.
Bombaisers de
Phonsavane
En effet, le Laos a souffert, pendant la guerre du Vietnam,
de la plus grosse vague de bombardements (par habitant) de tous les temps, menée
notamment par les Américains. Alors que les accords interdisent aux Etats-Unis
toute opération militaire au Laos, l’Air Force a tenté de débusquer les hommes
de Ho Chi Minh et les milices communistes du nord du Laos.
La particularité de ces bombardements est que c’était la
première utilisation de « cluster bombs » ou bombes à
défragmentation. Chaque obus relâchait des centaines de « bombies »
grandes (et jaunes) comme des balles de tennis. Le type même d’objet avec
lequel un enfant est susceptible de jouer s’il le trouve.
Depuis la fin de la guerre, de nombreuses ONG dont le Mine
Advisory Group (MAG), débusquent encore aujourd’hui ces petites bombes. Au-delà
du risque de mutilation ou de mort des habitants, les bombes constituent un
risque économique. Les paysans, par exemple, n’osent pas étendre leurs terres
pour cultiver assez de riz pour l’année, car ils ont peur de ce petit coup de
bêche qui les enverrait à l’autre bout de la vallée. Le MAG propose un centre
d’information en ville, ainsi qu’une projection d’un documentaire fascinant sur
le phénomène.
Le beau temps n’ayant pas été au rendez-vous pendant notre
court séjour à Phonesavane, c’est mouillés, une fois de plus, que nous avons
visité la région. La découverte de la plaine des jarres ayant fait, de
surcroît, un effet de pétard mouillé, nous décidons de reprendre la route pour une
grande ville perchée dans les montagnes, loin des intempéries : Luang
Prabang.
Bien que très touristique, Luang Prabang est une jolie ville
agréable. Son architecture très française, entourant les temples, abrite de
nombreux cafés et restaurants occidentaux et on se surprendrait à passer
plusieurs jours à flâner sur cette péninsule nichée entre le Mékong et le Nam
Pha.
Nous ne nous éternisons que très peu en ville, pourtant, car
les alentours proposent de nombreuses choses à découvrir. Fans de motos,
décidément, nous louons une petite Honda pour faire la route. Avant de partir,
sur le marché de la ville, nous croisons Sandrine, une Française vivant aux
Etats-Unis rencontrée lors de notre dégustation de vin au Myanmar ! Aussi
contente que nous de cette surprise, ni une ni deux, elle décide elle aussi de
louer une bécane et de nous suivre pour la journée.
Nous attaquons par une balade très sympathique vers des
chutes d’eau. Emballés par les eaux claires,
nous nous baignons même dans une des piscines naturelles. Etonnamment,
le site contient également une réserve d’ours. L’ours noir d’Asie du Sud-Est
est assez petit, mais il suffit à ravir les quelques touristes présents. Ces
« quelques touristes » se transformant en cars entiers, nous prenons
congé pour déjeuner quelque part sur la route. C’est la très souriante La
(prononcer Laaaaaa pour faire vraiment local !) qui nous sert une soupe de
nouilles, tout en faisant un petit cours de Lao.
La suite de la visite nous fait prendre une bonne
cinquantaine de kilomètres, à la recherche de la grotte de Pak Ou. Nous
quittons la nationale pour nous engouffrer dans une piste de jungle aux vues
magnifiques sur le Mékong. Une fois arrivés au village de Pak Ou, raidis par
les motos, nous apprenons qu’ils faut non seulement payer l’entrée de la
grotte, mais aussi le parking de la moto, ainsi que la traversée du Mékong en
bateau. Coût total : un peu moins de 4€, mais quand même !
Nous ne serons pas déçus. La traversée sur le petit bateau
nous offre un panorama superbe sur le fleuve et sa vallée, ainsi que sur l’entrée
de la grotte, une véritable bouche béante dans la falaise. A l’intérieur :
plus de 4000 petites figures de Bouddha en bois, offertes par les fidèles
depuis plus de 200 ans. La grimpette qui nous mène à la grotte supérieure (mais
qu’est-ce qu’ils ont à tout mettre en hauteur ?! Et encore, nous sommes
venus en moto !), nous confrontera à un portail digne du Seigneur des
Anneaux. Le détenteur des clés nous ouvre la voie aux mines de la Moria, et on
ne peut que se l’imaginer en train de nous enfermer à l’intérieur en faisant
résonner son rire sadique. Il n’en fera rien, je vous rassure.
Il fait nuit noire là-dedans ; heureusement que nous avons
apporté des lampes torches. Nous découvrons à nouveau de nombreuses figures de
Bouddha, toutes très différentes.
La route du retour se fait sans encombre, bien que nous
arrivions raides après une journée de moto. Nous dînons au bord du Mékong avec
Sandrine, ainsi que Richard et Flore, nos amis de Vang Vieng, que nous croisons
dans la rue.
Légèrement frustrés de ne pas rester plus longtemps à Luang
Prabang (nous avons l’objectif d’arriver à Hanoï le 7 juillet, vous verrez
bientôt pourquoi), nous prenons un bus puis un bateau pour rallier Muang Ngoi,
un petit village au bord du Mékong où le calme nous attend !
| La plaine des jarres |
| Rizières et pâturages sont les deux mamelles du Laos |
| Easy Rider |
| A Luang Prabang |
| Wat Xieng Thong, plus ancien temple de Luang Prabang |
| Cha se fait des amis |
| Le Mékong entourant Luang Prabang |
| La cérémonie d'offrandes aux moines, malheureusement assiégée de touristes irrespectueux |
| Le bateau qui nous mène aux grottes |
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